Edito du curé – dimanche 17 mai 2026
« Les yeux levés au ciel,
Jésus priait ainsi »
« Ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait », c’est l’attitude des Apôtres que souligne St Luc dans les Actes des Apôtres, le jour de l’Ascension. Les évangélistes se plaisent à présenter la Résurrection et l’Ascension comme un unique évènement, un mouvement synchronisé qui emporte Jésus dans la gloire du ciel. Plus qu’un lieu, le Ciel est « un état » qui échappe totalement à l’emprise de l’homme. Le Ciel est de domaine de Dieu que son Fils Jésus inaugure pour nous par son Ascension.
Au lendemain de cette fête, la liturgie nous présente Jésus en prière, « les yeux levés au Ciel ». Rappelons que tout le chapitre 17 de St Jean est une longue prière de Jésus adressée à son Père aux intentions de ses disciples. Les Evangiles présentent très souvent Jésus en prière, surtout avant une décision importante ou après une activité intense et complexe. A ces occasions, les évangiles notent souvent que Jésus se retire à l’écart ou qu’il se choisit un noyau dans le groupe, généralement Pierre, Jacques et Jean (Mc 14,33). Aujourd’hui, il prie les yeux tournés vers le ciel, attitude de communion intense avec son Père qu’il s’apprête à rejoindre pour Lui offrir la mission qu’il a accomplie.
La particularité de cette prière de Jésus au chapitre dix-sept de St Jean est que Jésus prie en présence de tous ses disciples, et qu’il prie pour eux. La mission qu’il présente à son Père, je voudrais qu’elle puisse continuer par le ministère des apôtres, de l’Eglise et de tout baptisé ! Cette prière coïncide avec l’arrivée imminente de son Heure (Jn 17,1), un moment de suspens angoissant pour Jésus et surtout pour ses disciples. Si pour Jésus l’approche de cette Heure marque l’accomplissement de sa mission assignée par le Père, Il redoute toutefois la résistance de ses disciples face au choc dramatique que pourrait occasionner la venue de ce qu’il appelle « mon Heure ». Cette longue prière de Jésus est à la fois prophétique, pédagogique et excentrée.
Prière prophétique : St Jean, à travers cette prière de Jésus, résume l’essentiel de ses thématiques sur la vie de Jésus et la foi chrétienne : la glorification du Fils, l’union du Fils avec le Père, l’offrande de la vie des disciples au Père, la protection de leur vie contre l’esprit du monde par le Père, l’intercession pour ceux qui croiront… Pour St Jean, cette prière de Jésus est un moment d’intense déchirement et de souffrance intérieure inégalable. Ici, Jésus épouse singulièrement « la personne de Fils » en déposant entre les mains de son Père la mission qu’Il lui a confiée. Saint Jean choisit un moment particulier pour donner à la prière de Jésus toute la chaleur de son âme angoissée. Si son heure est une certitude pour lui, elle reste une énigme bouleversante pour ses disciples. Cette prière est dite prophétique – non forcément parce qu’elle prédit l’avenir – mais parce qu’elle jaillit du cœur de « l’homme Jésus » qui expose son angoisse inexpliquée à Son Père. Dans cette prière, Jésus ne fait pas des annonces fracassantes, ni des affirmations grandioses, mais il reste fixé sur l’arrivée de son Heure qui apparait plus comme une question qu’une réponse. Présentée sous forme d’un monologue, cette prière est un véritable face à face entre le Fils et le Père, un dialogue entre un fils bouleversé et un père qui réconforte par son écoute silencieuse. Dans notre prière de tous jours, Dieu nous écoute dans son silence déconcertant et nous exauce sans trompette.
Prière pédagogique : nous connaissons très bien la prière du « Notre Père » qui est la prière pédagogique de Jésus par excellence. Elle nous est donnée à la suite d’une demande expresse d’un disciple : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1). La prière de Jésus dans St Jean n’est pas pédagogique parce qu’elle nous apprend comment prier, ni parce qu’elle nous livre les paroles à dire. Mais sa pédagogie réside dans le fait que Jésus prie en présence de ses disciples et intègre ses disciples comme « objet de sa prière ». La plupart de temps, Jésus prie à l’écart (Lc 6,12). Cette solitude personnelle, à n’en plus douter, crée une communion intime avec son Père. Loin de créer un engouement, une telle prière a suscité plutôt une curiosité chez les apôtres, et parfois même de la torpeur : « Jésus vint et les trouva endormis » (Mt 26,40).
Dans cette longue prière, Jésus n’est pas seulement en communion avec son Père – les yeux levés au ciel – mais il l’est aussi avec ses disciples, il les porte dans sa prière et les entraine. J’ai envie d’imaginer les disciples contemplant Jésus en prière : son attitude, ses paroles, sa gestuelle, son regard… Au-delà de la pédagogie, la prière de Jésus est « traditio » c’est-à-dire un enseignement à transmettre et à perpétuer. On remarquera que les disciples ne disent pas un seul mot : ils écoutent, ils contemplent, et communient. Notre prière de tous les jours n’est-elle pas une véritable communion silencieuse et une écoute attentive de Dieu qui nous parle ?
La prière de Jésus est totalement excentrée : tout comme la prière du « Notre Père », essentiellement « une prière de demande », le chapitre 17 de St Jean est également une prière de demande. Si dans le « Notre Père », la demande est celle de l’orant et porte son intention propre, dans cette prière de Jésus, la demande ne concerne pas sa personne, elle n’est pas non plus faite pour « éloigner de Lui cette Heure » (Mt 26,39) qu’il sait terrifiante aussi pour lui, mais elle est totalement tournée vers ses disciples, vers leur mission à assumer dans le monde et leur rapport au monde. Une prière excentrée est une prière adressée à Dieu et qui porte les intentions du monde et de l’humanité. Avec Saint Jean, Jésus est dans la lignée sacerdotale, il assume déjà par sa prière l’offrande qu’il fera de sa vie dans l’accomplissement de son Heure. Cette prière est dite sacerdotale parce qu’elle annonce par avance la prière silencieuse de Gethsémani (Mt 26,36 ; Mc 14,32) et surtout celle de l’Eglise au long des âges. Ici, la prière de Jésus n’est pas l’offrande confiante à son Père de sa vie, mais de celle de ses disciples désormais soumise aux aléas du monde. Ce qu’il offre à son Père dans la prière, il l’offrira de manière unique et parfaite sur la croix. Toute prière chrétienne est intimement associée à l’offrande du Fils et elle transite par la médiation incessante de l’Eglise.
Après l’Ascension, cette prière de Jésus pour ses disciples, en leur présence, pose les jalons de la prière de l’Eglise naissante et initie les chrétiens à la vraie prière. L’Eglise n’a pas reçu la prière de Jésus comme devoir, mais comme sa propre vie, son oxygène : l’Eglise est prière et l’Eglise est en prière. Elle reprend continuellement l’offrande du Christ dans l’assemblée eucharistique pour la présenter au Père. De même que les disciples communient intimement à la prière de Jésus, de même les fidèles qui professent la foi de l’Eglise sont toujours associés à la prière de l’Eglise, spécialement au moment où le prêtre chante la grande doxologie qui conclue la prière eucharistique : « par Lui, avec Lui et en Lui… »
Père Dieudonne MASSOMA, Curé
Publié le 15 mai 2026
Edito du curé – dimanche 17 mai 2026
« Les yeux levés au ciel,
Jésus priait ainsi »
« Ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait », c’est l’attitude des Apôtres que souligne St Luc dans les Actes des Apôtres, le jour de l’Ascension. Les évangélistes se plaisent à présenter la Résurrection et l’Ascension comme un unique évènement, un mouvement synchronisé qui emporte Jésus dans la gloire du ciel. Plus qu’un lieu, le Ciel est « un état » qui échappe totalement à l’emprise de l’homme. Le Ciel est de domaine de Dieu que son Fils Jésus inaugure pour nous par son Ascension.
Au lendemain de cette fête, la liturgie nous présente Jésus en prière, « les yeux levés au Ciel ». Rappelons que tout le chapitre 17 de St Jean est une longue prière de Jésus adressée à son Père aux intentions de ses disciples. Les Evangiles présentent très souvent Jésus en prière, surtout avant une décision importante ou après une activité intense et complexe. A ces occasions, les évangiles notent souvent que Jésus se retire à l’écart ou qu’il se choisit un noyau dans le groupe, généralement Pierre, Jacques et Jean (Mc 14,33). Aujourd’hui, il prie les yeux tournés vers le ciel, attitude de communion intense avec son Père qu’il s’apprête à rejoindre pour Lui offrir la mission qu’il a accomplie.
La particularité de cette prière de Jésus au chapitre dix-sept de St Jean est que Jésus prie en présence de tous ses disciples, et qu’il prie pour eux. La mission qu’il présente à son Père, je voudrais qu’elle puisse continuer par le ministère des apôtres, de l’Eglise et de tout baptisé ! Cette prière coïncide avec l’arrivée imminente de son Heure (Jn 17,1), un moment de suspens angoissant pour Jésus et surtout pour ses disciples. Si pour Jésus l’approche de cette Heure marque l’accomplissement de sa mission assignée par le Père, Il redoute toutefois la résistance de ses disciples face au choc dramatique que pourrait occasionner la venue de ce qu’il appelle « mon Heure ». Cette longue prière de Jésus est à la fois prophétique, pédagogique et excentrée.
Prière prophétique : St Jean, à travers cette prière de Jésus, résume l’essentiel de ses thématiques sur la vie de Jésus et la foi chrétienne : la glorification du Fils, l’union du Fils avec le Père, l’offrande de la vie des disciples au Père, la protection de leur vie contre l’esprit du monde par le Père, l’intercession pour ceux qui croiront… Pour St Jean, cette prière de Jésus est un moment d’intense déchirement et de souffrance intérieure inégalable. Ici, Jésus épouse singulièrement « la personne de Fils » en déposant entre les mains de son Père la mission qu’Il lui a confiée. Saint Jean choisit un moment particulier pour donner à la prière de Jésus toute la chaleur de son âme angoissée. Si son heure est une certitude pour lui, elle reste une énigme bouleversante pour ses disciples. Cette prière est dite prophétique – non forcément parce qu’elle prédit l’avenir – mais parce qu’elle jaillit du cœur de « l’homme Jésus » qui expose son angoisse inexpliquée à Son Père. Dans cette prière, Jésus ne fait pas des annonces fracassantes, ni des affirmations grandioses, mais il reste fixé sur l’arrivée de son Heure qui apparait plus comme une question qu’une réponse. Présentée sous forme d’un monologue, cette prière est un véritable face à face entre le Fils et le Père, un dialogue entre un fils bouleversé et un père qui réconforte par son écoute silencieuse. Dans notre prière de tous jours, Dieu nous écoute dans son silence déconcertant et nous exauce sans trompette.
Prière pédagogique : nous connaissons très bien la prière du « Notre Père » qui est la prière pédagogique de Jésus par excellence. Elle nous est donnée à la suite d’une demande expresse d’un disciple : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1). La prière de Jésus dans St Jean n’est pas pédagogique parce qu’elle nous apprend comment prier, ni parce qu’elle nous livre les paroles à dire. Mais sa pédagogie réside dans le fait que Jésus prie en présence de ses disciples et intègre ses disciples comme « objet de sa prière ». La plupart de temps, Jésus prie à l’écart (Lc 6,12). Cette solitude personnelle, à n’en plus douter, crée une communion intime avec son Père. Loin de créer un engouement, une telle prière a suscité plutôt une curiosité chez les apôtres, et parfois même de la torpeur : « Jésus vint et les trouva endormis » (Mt 26,40).
Dans cette longue prière, Jésus n’est pas seulement en communion avec son Père – les yeux levés au ciel – mais il l’est aussi avec ses disciples, il les porte dans sa prière et les entraine. J’ai envie d’imaginer les disciples contemplant Jésus en prière : son attitude, ses paroles, sa gestuelle, son regard… Au-delà de la pédagogie, la prière de Jésus est « traditio » c’est-à-dire un enseignement à transmettre et à perpétuer. On remarquera que les disciples ne disent pas un seul mot : ils écoutent, ils contemplent, et communient. Notre prière de tous les jours n’est-elle pas une véritable communion silencieuse et une écoute attentive de Dieu qui nous parle ?
La prière de Jésus est totalement excentrée : tout comme la prière du « Notre Père », essentiellement « une prière de demande », le chapitre 17 de St Jean est également une prière de demande. Si dans le « Notre Père », la demande est celle de l’orant et porte son intention propre, dans cette prière de Jésus, la demande ne concerne pas sa personne, elle n’est pas non plus faite pour « éloigner de Lui cette Heure » (Mt 26,39) qu’il sait terrifiante aussi pour lui, mais elle est totalement tournée vers ses disciples, vers leur mission à assumer dans le monde et leur rapport au monde. Une prière excentrée est une prière adressée à Dieu et qui porte les intentions du monde et de l’humanité. Avec Saint Jean, Jésus est dans la lignée sacerdotale, il assume déjà par sa prière l’offrande qu’il fera de sa vie dans l’accomplissement de son Heure. Cette prière est dite sacerdotale parce qu’elle annonce par avance la prière silencieuse de Gethsémani (Mt 26,36 ; Mc 14,32) et surtout celle de l’Eglise au long des âges. Ici, la prière de Jésus n’est pas l’offrande confiante à son Père de sa vie, mais de celle de ses disciples désormais soumise aux aléas du monde. Ce qu’il offre à son Père dans la prière, il l’offrira de manière unique et parfaite sur la croix. Toute prière chrétienne est intimement associée à l’offrande du Fils et elle transite par la médiation incessante de l’Eglise.
Après l’Ascension, cette prière de Jésus pour ses disciples, en leur présence, pose les jalons de la prière de l’Eglise naissante et initie les chrétiens à la vraie prière. L’Eglise n’a pas reçu la prière de Jésus comme devoir, mais comme sa propre vie, son oxygène : l’Eglise est prière et l’Eglise est en prière. Elle reprend continuellement l’offrande du Christ dans l’assemblée eucharistique pour la présenter au Père. De même que les disciples communient intimement à la prière de Jésus, de même les fidèles qui professent la foi de l’Eglise sont toujours associés à la prière de l’Eglise, spécialement au moment où le prêtre chante la grande doxologie qui conclue la prière eucharistique : « par Lui, avec Lui et en Lui… »
Père Dieudonne MASSOMA, Curé
Publié le 15 mai 2026
Edito du curé – dimanche 17 mai 2026
« Les yeux levés au ciel,
Jésus priait ainsi »
« Ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait », c’est l’attitude des Apôtres que souligne St Luc dans les Actes des Apôtres, le jour de l’Ascension. Les évangélistes se plaisent à présenter la Résurrection et l’Ascension comme un unique évènement, un mouvement synchronisé qui emporte Jésus dans la gloire du ciel. Plus qu’un lieu, le Ciel est « un état » qui échappe totalement à l’emprise de l’homme. Le Ciel est de domaine de Dieu que son Fils Jésus inaugure pour nous par son Ascension.
Au lendemain de cette fête, la liturgie nous présente Jésus en prière, « les yeux levés au Ciel ». Rappelons que tout le chapitre 17 de St Jean est une longue prière de Jésus adressée à son Père aux intentions de ses disciples. Les Evangiles présentent très souvent Jésus en prière, surtout avant une décision importante ou après une activité intense et complexe. A ces occasions, les évangiles notent souvent que Jésus se retire à l’écart ou qu’il se choisit un noyau dans le groupe, généralement Pierre, Jacques et Jean (Mc 14,33). Aujourd’hui, il prie les yeux tournés vers le ciel, attitude de communion intense avec son Père qu’il s’apprête à rejoindre pour Lui offrir la mission qu’il a accomplie.
La particularité de cette prière de Jésus au chapitre dix-sept de St Jean est que Jésus prie en présence de tous ses disciples, et qu’il prie pour eux. La mission qu’il présente à son Père, je voudrais qu’elle puisse continuer par le ministère des apôtres, de l’Eglise et de tout baptisé ! Cette prière coïncide avec l’arrivée imminente de son Heure (Jn 17,1), un moment de suspens angoissant pour Jésus et surtout pour ses disciples. Si pour Jésus l’approche de cette Heure marque l’accomplissement de sa mission assignée par le Père, Il redoute toutefois la résistance de ses disciples face au choc dramatique que pourrait occasionner la venue de ce qu’il appelle « mon Heure ». Cette longue prière de Jésus est à la fois prophétique, pédagogique et excentrée.
Prière prophétique : St Jean, à travers cette prière de Jésus, résume l’essentiel de ses thématiques sur la vie de Jésus et la foi chrétienne : la glorification du Fils, l’union du Fils avec le Père, l’offrande de la vie des disciples au Père, la protection de leur vie contre l’esprit du monde par le Père, l’intercession pour ceux qui croiront… Pour St Jean, cette prière de Jésus est un moment d’intense déchirement et de souffrance intérieure inégalable. Ici, Jésus épouse singulièrement « la personne de Fils » en déposant entre les mains de son Père la mission qu’Il lui a confiée. Saint Jean choisit un moment particulier pour donner à la prière de Jésus toute la chaleur de son âme angoissée. Si son heure est une certitude pour lui, elle reste une énigme bouleversante pour ses disciples. Cette prière est dite prophétique – non forcément parce qu’elle prédit l’avenir – mais parce qu’elle jaillit du cœur de « l’homme Jésus » qui expose son angoisse inexpliquée à Son Père. Dans cette prière, Jésus ne fait pas des annonces fracassantes, ni des affirmations grandioses, mais il reste fixé sur l’arrivée de son Heure qui apparait plus comme une question qu’une réponse. Présentée sous forme d’un monologue, cette prière est un véritable face à face entre le Fils et le Père, un dialogue entre un fils bouleversé et un père qui réconforte par son écoute silencieuse. Dans notre prière de tous jours, Dieu nous écoute dans son silence déconcertant et nous exauce sans trompette.
Prière pédagogique : nous connaissons très bien la prière du « Notre Père » qui est la prière pédagogique de Jésus par excellence. Elle nous est donnée à la suite d’une demande expresse d’un disciple : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1). La prière de Jésus dans St Jean n’est pas pédagogique parce qu’elle nous apprend comment prier, ni parce qu’elle nous livre les paroles à dire. Mais sa pédagogie réside dans le fait que Jésus prie en présence de ses disciples et intègre ses disciples comme « objet de sa prière ». La plupart de temps, Jésus prie à l’écart (Lc 6,12). Cette solitude personnelle, à n’en plus douter, crée une communion intime avec son Père. Loin de créer un engouement, une telle prière a suscité plutôt une curiosité chez les apôtres, et parfois même de la torpeur : « Jésus vint et les trouva endormis » (Mt 26,40).
Dans cette longue prière, Jésus n’est pas seulement en communion avec son Père – les yeux levés au ciel – mais il l’est aussi avec ses disciples, il les porte dans sa prière et les entraine. J’ai envie d’imaginer les disciples contemplant Jésus en prière : son attitude, ses paroles, sa gestuelle, son regard… Au-delà de la pédagogie, la prière de Jésus est « traditio » c’est-à-dire un enseignement à transmettre et à perpétuer. On remarquera que les disciples ne disent pas un seul mot : ils écoutent, ils contemplent, et communient. Notre prière de tous les jours n’est-elle pas une véritable communion silencieuse et une écoute attentive de Dieu qui nous parle ?
La prière de Jésus est totalement excentrée : tout comme la prière du « Notre Père », essentiellement « une prière de demande », le chapitre 17 de St Jean est également une prière de demande. Si dans le « Notre Père », la demande est celle de l’orant et porte son intention propre, dans cette prière de Jésus, la demande ne concerne pas sa personne, elle n’est pas non plus faite pour « éloigner de Lui cette Heure » (Mt 26,39) qu’il sait terrifiante aussi pour lui, mais elle est totalement tournée vers ses disciples, vers leur mission à assumer dans le monde et leur rapport au monde. Une prière excentrée est une prière adressée à Dieu et qui porte les intentions du monde et de l’humanité. Avec Saint Jean, Jésus est dans la lignée sacerdotale, il assume déjà par sa prière l’offrande qu’il fera de sa vie dans l’accomplissement de son Heure. Cette prière est dite sacerdotale parce qu’elle annonce par avance la prière silencieuse de Gethsémani (Mt 26,36 ; Mc 14,32) et surtout celle de l’Eglise au long des âges. Ici, la prière de Jésus n’est pas l’offrande confiante à son Père de sa vie, mais de celle de ses disciples désormais soumise aux aléas du monde. Ce qu’il offre à son Père dans la prière, il l’offrira de manière unique et parfaite sur la croix. Toute prière chrétienne est intimement associée à l’offrande du Fils et elle transite par la médiation incessante de l’Eglise.
Après l’Ascension, cette prière de Jésus pour ses disciples, en leur présence, pose les jalons de la prière de l’Eglise naissante et initie les chrétiens à la vraie prière. L’Eglise n’a pas reçu la prière de Jésus comme devoir, mais comme sa propre vie, son oxygène : l’Eglise est prière et l’Eglise est en prière. Elle reprend continuellement l’offrande du Christ dans l’assemblée eucharistique pour la présenter au Père. De même que les disciples communient intimement à la prière de Jésus, de même les fidèles qui professent la foi de l’Eglise sont toujours associés à la prière de l’Eglise, spécialement au moment où le prêtre chante la grande doxologie qui conclue la prière eucharistique : « par Lui, avec Lui et en Lui… »
Père Dieudonne MASSOMA, Curé
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Publié le 15 mai 2026