Edito du CurĂ© â dimanche 30 novembre 2025
Dans lâattente clairvoyanteâŠ
Avec le temps de lâAvent sâouvre gĂ©nĂ©reusement le chemin de lâattente clairvoyante Ă travers laquelle se prĂ©pare activement la venue du Seigneur ! FaçonnĂ© par le temps « chronos », on peut bien ĂȘtre dĂ©phasĂ© par cette attente non dĂ©terminĂ©e oĂč lâAttendu est comme un voleur dans la nuit. Il vient au moment oĂč on ne lâattend pas. Ne risque-t-on pas de rester dans la torpeur et lâambiance Ă©phĂ©mĂšre de notre monde et dâoublier lâarrivĂ©e du Jour du Seigneur ? Ne pas connaĂźtre le jour et lâheure de sa venue est souvent pour nous source dâune angoisse dĂ©concertante. Lâimage de NoĂ© citĂ©e par JĂ©sus dans lâĂ©vangile se dresse comme portrait type de celui qui sâengage dans une attente rĂ©aliste et clairvoyante. LâArche de NoĂ© devient ainsi la figure lointaine de « lâĂ©table des animaux », seul lieu ouvert dans une nuit glaciale pour accueillir lâEnfant-Dieu qui vient visiter lâhumanitĂ©. Cette prĂ©caritĂ© nâest pas seulement le signe de l’ignorance du « Jour de la manifestation de Dieu », mais elle est aussi le signe prĂ©curseur de lâimprĂ©paration de sa venue. Tout comme, en leur temps, les compatriotes de NoĂ©, plongĂ©s dans leurs occupations et prĂ©occupations, ne se souciaient guĂšre de la « Fin des temps », du Jour oĂč Dieu siffle le coup dâarrĂȘt de cette danse idolĂątrique du monde, de mĂȘme les habitants de la Bourgade de Bethlehem, pris dans les nasses des affaires du monde, ont totalement ignorĂ© le Jour oĂč Dieu leur rendait visite : « il est venu chez les siens et les siens ne lâont pas reconnus » (Jn 1,11). Et aujourdâhui, si Dieu venait me rendre visite, oĂč me trouverait-il ? Quel accueil recevrait-il ? Il vient pourtant en moi Ă chaque eucharistie, dans genre de maison est-ce que je le reçois ? LâEglise est rĂ©ceptacle digne de Lui, le signe de lâArche de NoĂ© dont le but est le salut des Ăąmes au moyen des sacrements.
La construction de lâArche est le temps mis Ă profit par NoĂ© pour attendre imperturbablement le « Jour imprĂ©vu » de Dieu. Par son attitude sagace, NoĂ© a traversĂ© le DĂ©luge sauvant ainsi les crĂ©atures qui sont entrĂ©es dans lâArche, tout comme « la mangeoire des animaux » appelĂ©e « CrĂšche », un mot moins rustique, a accueilli le Sauveur de lâhumanitĂ©. La CrĂšche, berceau de lâEnfant-JĂ©sus, est lâArche de la Nouvelle Alliance dans laquelle JĂ©sus sâest installĂ© et a ouvert les portes de la rĂ©demption. Chez NoĂ©, lâattente nâest pas oisive. Elle est plutĂŽt active et tournĂ©e vers lâhorizon Ă©clatant du Jour de Dieu. Si le temps de lâAvent est un temps dâattente, il est aussi un temps dâapprofondissement nĂ©cessaire de lâĂ©vĂšnement « A-venir ». Lâimportance de lâĂ©vĂ©nement dĂ©termine la posture de mon attente et de mon investissement. Saint Paul nous donne les conseils avisĂ©s sur lâattitude convenable : « conduisons-nous honnĂȘtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni dĂ©bauches⊠».
Une telle attente suppose un changement intĂ©rieur, une vĂ©ritable conversion. Rappelons que dĂšs les premiers siĂšcles de lâEglise, on parlait de « temps de lâAvent » comme « carĂȘme de NoĂ«l ». Les chrĂ©tiens vivaient une pĂ©riode de jeĂ»ne et de pĂ©nitence pour se prĂ©parer Ă cĂ©lĂ©brer NoĂ«l. De grands saints, comme François dâAssise, y accordent une attention toute particuliĂšre. Chez les orthodoxes et certaines Ăglises catholiques de rite byzantin, elle est encore pratiquĂ©e â et ce pendant 40 jours â avec la mĂȘme intensitĂ© que pour le CarĂȘme prĂ©cĂ©dant la RĂ©surrection. Il sâagit dâune pĂ©riode exigeante de jeĂ»ne corporel, mais aussi spirituel, visant Ă se dĂ©tacher des choses matĂ©rielles Ă travers des actes de charitĂ© et de pauvretĂ©, car, comme le disait saint Jean Chrysostome, « le vrai jeĂ»ne consiste Ă sâĂ©loigner du mal, retenir sa langue, mettre de cĂŽtĂ© sa colĂšre, dominer la concupiscence et arrĂȘter la calomnie, les mensonges et les injures ».
Saint Paul parle du temps de lâAvent comme un temps du changement radical de notre vie intĂ©rieure de chrĂ©tien : du rejet « des Ćuvres des tĂ©nĂšbres » et de la vĂȘture « des armes de la lumiĂšre ». Adventus â venue, avĂšnement â nâest donc pas une pĂ©riode oĂč on Ă©graine les minutes et les heures qui sâĂ©ternisent, parce que greffĂ©es sur lâangoisse et lâanxiĂ©tĂ© de lâImprĂ©vu, le Jour Seigneur, mais câest prĂ©parer et se prĂ©parer : veiller ! Dans lâattente du jour du Seigneur, nous sommes appelĂ©s Ă nous dĂ©penser et Ă modĂ©rer nos Ă©lans intĂ©rieurs jusquâau bout pour ne pas ĂȘtre surpris et manquer lâheureuse occasion dâaccueillir dignement le Seigneur quand il frappera Ă notre porte. Notre attente est dans la foi et lâespĂ©rance !
Pourtant, Ă voir nos rues et les magasins, on constate que tout sâillumine et tout sâactive. LâAvent rime avec consommation et luxure, beuverie et inquiĂ©tude de ne pouvoir pas avoir assez. On achĂšte, on vend, on prĂ©voit ce quâon va manger, boire, de quoi on va se vĂȘtir⊠Dans cette ambiance dĂ©lĂ©tĂšre, on ne doute de rien. LâĂ©ternitĂ© est Ă nous et rien ne peut sây opposer. Le cycle de NoĂ© ne sâest jamais arrĂȘtĂ©. Il se perfectionne de nos jours et se dĂ©tourne mĂȘme de Dieu ! La leçon du DĂ©luge dĂ©vastateur est un mythe antique, la fin nâest pas pour demain. Elle ne viendra jamais. Nos camĂ©ras de surveillance veillent sur dâĂ©ventuels bandits de nuit… Et pourtant, notre semblant de sĂ©curitĂ© construite sur une forteresse imprenable montre ses failles et sa vulnĂ©rabilitĂ©.
« Câest Ă lâheure oĂč vous nâattendez pas que viendra le Fils de lâhomme » nous prĂ©vient JĂ©sus. Il sait que ce « Jour » est inĂ©luctable, mais son temps n’est pas Ă notre portĂ©e. Combien de nos compatriotes savent-ils que leur existence est une
maison oĂč Dieu vient faire sa demeure ? Lâattendre modĂšre nos dĂ©sirs inassouvis et nos inquiĂ©tudes sans hauteur. PrĂ©venant comme il est, JĂ©sus Ă©claire nos instants, illumine notre quotidien, rassure notre lendemain.
« Donne Ă tes fidĂšles, Dieu tout-puissant, la volontĂ© dâaller par les chemins de la justice Ă la rencontre de celui qui vient, le Christ⊠»
P. Dieudonné Massoma, curé
Publié le 27 novembre 2025
Edito du CurĂ© â dimanche 30 novembre 2025
Dans lâattente clairvoyanteâŠ
Avec le temps de lâAvent sâouvre gĂ©nĂ©reusement le chemin de lâattente clairvoyante Ă travers laquelle se prĂ©pare activement la venue du Seigneur ! FaçonnĂ© par le temps « chronos », on peut bien ĂȘtre dĂ©phasĂ© par cette attente non dĂ©terminĂ©e oĂč lâAttendu est comme un voleur dans la nuit. Il vient au moment oĂč on ne lâattend pas. Ne risque-t-on pas de rester dans la torpeur et lâambiance Ă©phĂ©mĂšre de notre monde et dâoublier lâarrivĂ©e du Jour du Seigneur ? Ne pas connaĂźtre le jour et lâheure de sa venue est souvent pour nous source dâune angoisse dĂ©concertante. Lâimage de NoĂ© citĂ©e par JĂ©sus dans lâĂ©vangile se dresse comme portrait type de celui qui sâengage dans une attente rĂ©aliste et clairvoyante. LâArche de NoĂ© devient ainsi la figure lointaine de « lâĂ©table des animaux », seul lieu ouvert dans une nuit glaciale pour accueillir lâEnfant-Dieu qui vient visiter lâhumanitĂ©. Cette prĂ©caritĂ© nâest pas seulement le signe de l’ignorance du « Jour de la manifestation de Dieu », mais elle est aussi le signe prĂ©curseur de lâimprĂ©paration de sa venue. Tout comme, en leur temps, les compatriotes de NoĂ©, plongĂ©s dans leurs occupations et prĂ©occupations, ne se souciaient guĂšre de la « Fin des temps », du Jour oĂč Dieu siffle le coup dâarrĂȘt de cette danse idolĂątrique du monde, de mĂȘme les habitants de la Bourgade de Bethlehem, pris dans les nasses des affaires du monde, ont totalement ignorĂ© le Jour oĂč Dieu leur rendait visite : « il est venu chez les siens et les siens ne lâont pas reconnus » (Jn 1,11). Et aujourdâhui, si Dieu venait me rendre visite, oĂč me trouverait-il ? Quel accueil recevrait-il ? Il vient pourtant en moi Ă chaque eucharistie, dans genre de maison est-ce que je le reçois ? LâEglise est rĂ©ceptacle digne de Lui, le signe de lâArche de NoĂ© dont le but est le salut des Ăąmes au moyen des sacrements.
La construction de lâArche est le temps mis Ă profit par NoĂ© pour attendre imperturbablement le « Jour imprĂ©vu » de Dieu. Par son attitude sagace, NoĂ© a traversĂ© le DĂ©luge sauvant ainsi les crĂ©atures qui sont entrĂ©es dans lâArche, tout comme « la mangeoire des animaux » appelĂ©e « CrĂšche », un mot moins rustique, a accueilli le Sauveur de lâhumanitĂ©. La CrĂšche, berceau de lâEnfant-JĂ©sus, est lâArche de la Nouvelle Alliance dans laquelle JĂ©sus sâest installĂ© et a ouvert les portes de la rĂ©demption. Chez NoĂ©, lâattente nâest pas oisive. Elle est plutĂŽt active et tournĂ©e vers lâhorizon Ă©clatant du Jour de Dieu. Si le temps de lâAvent est un temps dâattente, il est aussi un temps dâapprofondissement nĂ©cessaire de lâĂ©vĂšnement « A-venir ». Lâimportance de lâĂ©vĂ©nement dĂ©termine la posture de mon attente et de mon investissement. Saint Paul nous donne les conseils avisĂ©s sur lâattitude convenable : « conduisons-nous honnĂȘtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni dĂ©bauches⊠».
Une telle attente suppose un changement intĂ©rieur, une vĂ©ritable conversion. Rappelons que dĂšs les premiers siĂšcles de lâEglise, on parlait de « temps de lâAvent » comme « carĂȘme de NoĂ«l ». Les chrĂ©tiens vivaient une pĂ©riode de jeĂ»ne et de pĂ©nitence pour se prĂ©parer Ă cĂ©lĂ©brer NoĂ«l. De grands saints, comme François dâAssise, y accordent une attention toute particuliĂšre. Chez les orthodoxes et certaines Ăglises catholiques de rite byzantin, elle est encore pratiquĂ©e â et ce pendant 40 jours â avec la mĂȘme intensitĂ© que pour le CarĂȘme prĂ©cĂ©dant la RĂ©surrection. Il sâagit dâune pĂ©riode exigeante de jeĂ»ne corporel, mais aussi spirituel, visant Ă se dĂ©tacher des choses matĂ©rielles Ă travers des actes de charitĂ© et de pauvretĂ©, car, comme le disait saint Jean Chrysostome, « le vrai jeĂ»ne consiste Ă sâĂ©loigner du mal, retenir sa langue, mettre de cĂŽtĂ© sa colĂšre, dominer la concupiscence et arrĂȘter la calomnie, les mensonges et les injures ».
Saint Paul parle du temps de lâAvent comme un temps du changement radical de notre vie intĂ©rieure de chrĂ©tien : du rejet « des Ćuvres des tĂ©nĂšbres » et de la vĂȘture « des armes de la lumiĂšre ». Adventus â venue, avĂšnement â nâest donc pas une pĂ©riode oĂč on Ă©graine les minutes et les heures qui sâĂ©ternisent, parce que greffĂ©es sur lâangoisse et lâanxiĂ©tĂ© de lâImprĂ©vu, le Jour Seigneur, mais câest prĂ©parer et se prĂ©parer : veiller ! Dans lâattente du jour du Seigneur, nous sommes appelĂ©s Ă nous dĂ©penser et Ă modĂ©rer nos Ă©lans intĂ©rieurs jusquâau bout pour ne pas ĂȘtre surpris et manquer lâheureuse occasion dâaccueillir dignement le Seigneur quand il frappera Ă notre porte. Notre attente est dans la foi et lâespĂ©rance !
Pourtant, Ă voir nos rues et les magasins, on constate que tout sâillumine et tout sâactive. LâAvent rime avec consommation et luxure, beuverie et inquiĂ©tude de ne pouvoir pas avoir assez. On achĂšte, on vend, on prĂ©voit ce quâon va manger, boire, de quoi on va se vĂȘtir⊠Dans cette ambiance dĂ©lĂ©tĂšre, on ne doute de rien. LâĂ©ternitĂ© est Ă nous et rien ne peut sây opposer. Le cycle de NoĂ© ne sâest jamais arrĂȘtĂ©. Il se perfectionne de nos jours et se dĂ©tourne mĂȘme de Dieu ! La leçon du DĂ©luge dĂ©vastateur est un mythe antique, la fin nâest pas pour demain. Elle ne viendra jamais. Nos camĂ©ras de surveillance veillent sur dâĂ©ventuels bandits de nuit… Et pourtant, notre semblant de sĂ©curitĂ© construite sur une forteresse imprenable montre ses failles et sa vulnĂ©rabilitĂ©.
« Câest Ă lâheure oĂč vous nâattendez pas que viendra le Fils de lâhomme » nous prĂ©vient JĂ©sus. Il sait que ce « Jour » est inĂ©luctable, mais son temps n’est pas Ă notre portĂ©e. Combien de nos compatriotes savent-ils que leur existence est une
maison oĂč Dieu vient faire sa demeure ? Lâattendre modĂšre nos dĂ©sirs inassouvis et nos inquiĂ©tudes sans hauteur. PrĂ©venant comme il est, JĂ©sus Ă©claire nos instants, illumine notre quotidien, rassure notre lendemain.
« Donne Ă tes fidĂšles, Dieu tout-puissant, la volontĂ© dâaller par les chemins de la justice Ă la rencontre de celui qui vient, le Christ⊠»
P. Dieudonné Massoma, curé
Publié le 27 novembre 2025
Edito du CurĂ© â dimanche 30 novembre 2025
Dans lâattente clairvoyanteâŠ
Avec le temps de lâAvent sâouvre gĂ©nĂ©reusement le chemin de lâattente clairvoyante Ă travers laquelle se prĂ©pare activement la venue du Seigneur ! FaçonnĂ© par le temps « chronos », on peut bien ĂȘtre dĂ©phasĂ© par cette attente non dĂ©terminĂ©e oĂč lâAttendu est comme un voleur dans la nuit. Il vient au moment oĂč on ne lâattend pas. Ne risque-t-on pas de rester dans la torpeur et lâambiance Ă©phĂ©mĂšre de notre monde et dâoublier lâarrivĂ©e du Jour du Seigneur ? Ne pas connaĂźtre le jour et lâheure de sa venue est souvent pour nous source dâune angoisse dĂ©concertante. Lâimage de NoĂ© citĂ©e par JĂ©sus dans lâĂ©vangile se dresse comme portrait type de celui qui sâengage dans une attente rĂ©aliste et clairvoyante. LâArche de NoĂ© devient ainsi la figure lointaine de « lâĂ©table des animaux », seul lieu ouvert dans une nuit glaciale pour accueillir lâEnfant-Dieu qui vient visiter lâhumanitĂ©. Cette prĂ©caritĂ© nâest pas seulement le signe de l’ignorance du « Jour de la manifestation de Dieu », mais elle est aussi le signe prĂ©curseur de lâimprĂ©paration de sa venue. Tout comme, en leur temps, les compatriotes de NoĂ©, plongĂ©s dans leurs occupations et prĂ©occupations, ne se souciaient guĂšre de la « Fin des temps », du Jour oĂč Dieu siffle le coup dâarrĂȘt de cette danse idolĂątrique du monde, de mĂȘme les habitants de la Bourgade de Bethlehem, pris dans les nasses des affaires du monde, ont totalement ignorĂ© le Jour oĂč Dieu leur rendait visite : « il est venu chez les siens et les siens ne lâont pas reconnus » (Jn 1,11). Et aujourdâhui, si Dieu venait me rendre visite, oĂč me trouverait-il ? Quel accueil recevrait-il ? Il vient pourtant en moi Ă chaque eucharistie, dans genre de maison est-ce que je le reçois ? LâEglise est rĂ©ceptacle digne de Lui, le signe de lâArche de NoĂ© dont le but est le salut des Ăąmes au moyen des sacrements.
La construction de lâArche est le temps mis Ă profit par NoĂ© pour attendre imperturbablement le « Jour imprĂ©vu » de Dieu. Par son attitude sagace, NoĂ© a traversĂ© le DĂ©luge sauvant ainsi les crĂ©atures qui sont entrĂ©es dans lâArche, tout comme « la mangeoire des animaux » appelĂ©e « CrĂšche », un mot moins rustique, a accueilli le Sauveur de lâhumanitĂ©. La CrĂšche, berceau de lâEnfant-JĂ©sus, est lâArche de la Nouvelle Alliance dans laquelle JĂ©sus sâest installĂ© et a ouvert les portes de la rĂ©demption. Chez NoĂ©, lâattente nâest pas oisive. Elle est plutĂŽt active et tournĂ©e vers lâhorizon Ă©clatant du Jour de Dieu. Si le temps de lâAvent est un temps dâattente, il est aussi un temps dâapprofondissement nĂ©cessaire de lâĂ©vĂšnement « A-venir ». Lâimportance de lâĂ©vĂ©nement dĂ©termine la posture de mon attente et de mon investissement. Saint Paul nous donne les conseils avisĂ©s sur lâattitude convenable : « conduisons-nous honnĂȘtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni dĂ©bauches⊠».
Une telle attente suppose un changement intĂ©rieur, une vĂ©ritable conversion. Rappelons que dĂšs les premiers siĂšcles de lâEglise, on parlait de « temps de lâAvent » comme « carĂȘme de NoĂ«l ». Les chrĂ©tiens vivaient une pĂ©riode de jeĂ»ne et de pĂ©nitence pour se prĂ©parer Ă cĂ©lĂ©brer NoĂ«l. De grands saints, comme François dâAssise, y accordent une attention toute particuliĂšre. Chez les orthodoxes et certaines Ăglises catholiques de rite byzantin, elle est encore pratiquĂ©e â et ce pendant 40 jours â avec la mĂȘme intensitĂ© que pour le CarĂȘme prĂ©cĂ©dant la RĂ©surrection. Il sâagit dâune pĂ©riode exigeante de jeĂ»ne corporel, mais aussi spirituel, visant Ă se dĂ©tacher des choses matĂ©rielles Ă travers des actes de charitĂ© et de pauvretĂ©, car, comme le disait saint Jean Chrysostome, « le vrai jeĂ»ne consiste Ă sâĂ©loigner du mal, retenir sa langue, mettre de cĂŽtĂ© sa colĂšre, dominer la concupiscence et arrĂȘter la calomnie, les mensonges et les injures ».
Saint Paul parle du temps de lâAvent comme un temps du changement radical de notre vie intĂ©rieure de chrĂ©tien : du rejet « des Ćuvres des tĂ©nĂšbres » et de la vĂȘture « des armes de la lumiĂšre ». Adventus â venue, avĂšnement â nâest donc pas une pĂ©riode oĂč on Ă©graine les minutes et les heures qui sâĂ©ternisent, parce que greffĂ©es sur lâangoisse et lâanxiĂ©tĂ© de lâImprĂ©vu, le Jour Seigneur, mais câest prĂ©parer et se prĂ©parer : veiller ! Dans lâattente du jour du Seigneur, nous sommes appelĂ©s Ă nous dĂ©penser et Ă modĂ©rer nos Ă©lans intĂ©rieurs jusquâau bout pour ne pas ĂȘtre surpris et manquer lâheureuse occasion dâaccueillir dignement le Seigneur quand il frappera Ă notre porte. Notre attente est dans la foi et lâespĂ©rance !
Pourtant, Ă voir nos rues et les magasins, on constate que tout sâillumine et tout sâactive. LâAvent rime avec consommation et luxure, beuverie et inquiĂ©tude de ne pouvoir pas avoir assez. On achĂšte, on vend, on prĂ©voit ce quâon va manger, boire, de quoi on va se vĂȘtir⊠Dans cette ambiance dĂ©lĂ©tĂšre, on ne doute de rien. LâĂ©ternitĂ© est Ă nous et rien ne peut sây opposer. Le cycle de NoĂ© ne sâest jamais arrĂȘtĂ©. Il se perfectionne de nos jours et se dĂ©tourne mĂȘme de Dieu ! La leçon du DĂ©luge dĂ©vastateur est un mythe antique, la fin nâest pas pour demain. Elle ne viendra jamais. Nos camĂ©ras de surveillance veillent sur dâĂ©ventuels bandits de nuit… Et pourtant, notre semblant de sĂ©curitĂ© construite sur une forteresse imprenable montre ses failles et sa vulnĂ©rabilitĂ©.
« Câest Ă lâheure oĂč vous nâattendez pas que viendra le Fils de lâhomme » nous prĂ©vient JĂ©sus. Il sait que ce « Jour » est inĂ©luctable, mais son temps n’est pas Ă notre portĂ©e. Combien de nos compatriotes savent-ils que leur existence est une
maison oĂč Dieu vient faire sa demeure ? Lâattendre modĂšre nos dĂ©sirs inassouvis et nos inquiĂ©tudes sans hauteur. PrĂ©venant comme il est, JĂ©sus Ă©claire nos instants, illumine notre quotidien, rassure notre lendemain.
« Donne Ă tes fidĂšles, Dieu tout-puissant, la volontĂ© dâaller par les chemins de la justice Ă la rencontre de celui qui vient, le Christ⊠»
P. Dieudonné Massoma, curé
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Publié le 27 novembre 2025