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Edito du curĂ© – dimanche 15 mars 2026

lelien

«  Je suis la lumiÚre du monde »

De l’affirmation « je suis l’eau qui donne la vie » dimanche dernier, Ă  « je suis la lumiĂšre du monde » ce dimanche, les textes liturgiques, comme une sorte de chemin balisĂ©, font progresser d’une part les fidĂšles baptisĂ©s vers une redĂ©couverte de l’identitĂ© de JĂ©sus, et d’autre part les catĂ©chumĂšnes vers l’illumination de leur vie au contact de ce mĂȘme JĂ©sus. Leur participation aux scrutins est Ă  la fois conversion, illumination et purification. D’ailleurs, le terme liturgique de « scrutin » n’évoque-t-il pas un temps de discernement progressif, un temps de cƓur Ă  cƓur avec Dieu oĂč le catĂ©chumĂšne devient son Ă©lu, son prĂ©fĂ©rĂ©, son choix, son dĂ©volu ! L’épisode de l’aveugle-nĂ© de Saint Jean qui nourrit le 2Ăšme scrutin de ce dimanche est un vĂ©ritable portrait du chemin catĂ©chumĂ©nal que l’Eglise propose Ă  ses enfants qui veulent entrer dans la lumiĂšre de Dieu par le bain du baptĂȘme. 

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’identitĂ© de JĂ©sus dans l’évangile de Saint Jean s’exprime sous l’aspect de signes qui se dĂ©voilent progressivement, suite Ă  de multiples rencontres oĂč les interlocuteurs dĂ©couvrent la messianitĂ© de JĂ©sus, vĂ©ritable fils de David annoncĂ© par les prophĂštes. De la rencontre avec NicodĂšme (Jn 3, 1
) Ă  celle de l’aveugle de naissance (Jn 9, 1
) en passant par celle de la Samaritaine (Jn 4, 1
) et celle du paralysĂ© de Bethzatha (Jn 5, 1
), l’auteur du 4Ăšme Ă©vangile nous fait dĂ©couvrir, Ă  travers ces rencontres informelles avec des personnes aux visages atypiques, un pan essentiel de l’identitĂ© de l’homme-JĂ©sus. A chacune de ces rencontres, Saint Jean prĂ©sente l’identitĂ© de JĂ©sus sous un voile qu’il faut enlever pour mieux voir, mieux identifier l’Inconnu ; alors s’engage une vĂ©ritable adhĂ©sion au Christ que les diffĂ©rents interlocuteurs viennent de dĂ©couvrir et cherchent Ă  proclamer, Ă  exhiber comme un vĂ©ritable trĂ©sor. Devant les menaces et les injures des Pharisiens qui tentent Ă  le museler, l’aveugle-guĂ©ri atteste sans craindre les reprĂ©sailles : « je sais une chose, j’étais aveugle et il m’a guĂ©ri », conviction que rien ne peut dĂ©raciner en lui. 

La clartĂ© de la lumiĂšre qui va dĂ©sormais inonder ses yeux jadis enfermĂ©s dans la nuit va complĂ©tement bouleverser sa vie : il passe des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre, celle que diffuse le RessuscitĂ©. Le grand chamboulement qui s’opĂšre dans la vie de cet homme n’est certainement pas la guĂ©rison de sa cĂ©citĂ© physique, mais de cet autre aveuglement qui l’empĂȘchait d’accueillir la nouveautĂ© de l’évangile et du salut inaugurĂ©s par JĂ©sus. La guĂ©rison controversĂ©e de cet aveugle est l’exemple mĂȘme du parcours spirituel de tout baptisĂ©, Ă  travers lequel Saint Jean souligne la nĂ©cessitĂ© d’un passage Ă  opĂ©rer, d’un cap Ă  franchir, d’un dĂ©sert Ă  traverser, d’un Ă©tat Ă  changer : « j’étais aveugle et je vois » ! 

Saint Jean met ainsi en exergue le contraste entre la cĂ©citĂ© physique de cet homme et cette autre cĂ©citĂ©, celle du cƓur, incarnĂ©e par les Pharisiens qui se ferment mordicus Ă  la lumiĂšre. PlongĂ©s dans leur certitude de professionnels de la Loi, les Pharisiens ne savent plus discerner l’action de Dieu. Leur enfermement dans les tĂ©nĂšbres profondes d’un passĂ© nostalgique est un aveuglement qui envahit notre monde actuel. Vous avez dit « aveuglement »? C’est la prĂ©tention orgueilleuse d’une frange de penseurs contemporains Ă  qualifier le XVIIĂšme siĂšcle, de « siĂšcle des LumiĂšres » (1715 Ă  1789) ! Nous subissons encore de nos jours les affres de ce courant philosophique qui a tracĂ© les sillons du rationalisme omnipotent, de l’individualisme aveugle et du libĂ©ralisme athĂ©e. Peut-ĂȘtre les pĂšres de ce mouvement de pensĂ©e avaient-ils imaginĂ© sortir le monde de l’obscurantisme alors qu’ils l’enfonçaient dans leur aveuglement oĂč Dieu n’a plus de place et oĂč l’homme n’a de valeur que par rapport Ă  ce qu’il produit, Ă  son utilitĂ© dans la sociĂ©tĂ© Ă©conomique guidĂ©e par les calculs et les intĂ©rĂȘts Ă  maximiser. La loi d’aide Ă  mourir, celle qui donne la mort aux personnes malades, puise son inspiration dans une telle illumination aveuglante.  

Nos chers Pharisiens qui, on le voit bien, pensaient aussi « garder la Loi », en sacrifiant cet aveugle-nĂ© et en niant sa guĂ©rison objective, n’ont-ils pas su qu’ils desservaient de cette maniĂšre cette mĂȘme Loi dont le but est de libĂ©rer l’homme ? De mĂȘme, les philosophes des LumiĂšres qui pensaient donner Ă  l’homme ses lettre de noblesse en le coupant de Dieu, sa racine pivotante, l’ont rendu esclave de leurs pensĂ©es assez prĂ©tentieuses. L’homme issu du moule du siĂšcle de LumiĂšres est un individu et non une personne, un ĂȘtre essentiellement de relation, ouvert Ă  Dieu et Ă  son environnement qu’il gĂšre sans le dĂ©vorer pour les fins Ă©conomiques. 

Le personnage de cet aveugle-nĂ© est un signe, au sens sacramentel du terme. Dans le sacrement, l’invisible est enveloppĂ© par ce qui est visible : le signe sensible, ce qui cache le vrai sens du message Ă  saisir
 VoilĂ  un geste simple qui dĂ©bouche sur un fait extraordinaire, un parcours tĂ©nĂ©breux qui s’ouvre Ă  la lumiĂšre qu’est le Christ.

Tout le drame de cet homme n’est pas qu’il soit nĂ© aveugle. L’aventure qu’il vit ou qu’il traverse est liĂ©e Ă  sa guĂ©rison. Le rĂ©cit se prĂ©sente comme un procĂšs dĂ©clenchĂ© par une guĂ©rison accomplie par JĂ©sus. Depuis cette guĂ©rison qu’il n’a pas objectivement demandĂ©e, l’aveugle-nĂ© est seul contre tous. L’aveugle-nĂ© est un homme anonyme pour tous, mais l’aveugle-guĂ©ri devient protagoniste aux yeux de tous, un homme dont la vie, dĂ©sormais, interroge et dĂ©range. 

Saint Jean trace ainsi le portrait du chrĂ©tien, celui qui comme cet aveugle-guĂ©ri, embrasse le Christ. La vie chrĂ©tienne, ne l’oublions pas, est une interrogation poignante adressĂ©e Ă  notre monde qui rejette Dieu. Il n’est pas possible d’ĂȘtre chrĂ©tien aujourd’hui et de vouloir absolument faire l’unanimitĂ©, voire mĂȘme trouver sa place dans la sociĂ©tĂ©, sans ĂȘtre « stigmatisé ». Cet aveugle-guĂ©ri est le symbole de la rĂ©sistance aux pressions mondaines et aux controverses de tout genre qui bousculent notre identitĂ© chrĂ©tienne et mĂȘme la structure de l’Eglise qui tente de se couler dans les idĂ©ologies de notre monde. 

Dans cette adversitĂ© constante, notre force est dans la grĂące agissante du sacrement de baptĂȘme que nous avons reçue et que les catĂ©chumĂšnes se prĂ©parent Ă  recevoir. Je sais que le combat est pesant, long et pĂ©rilleux pour faire cette traversĂ©e qui mĂšne Ă  JĂ©sus. L’Eglise, agissant au nom du Christ, soutient la traversĂ©e des futurs baptisĂ©s Ă  travers le rite des scrutins et rĂ©conforte celle des baptisĂ©s par l’Esprit-Saint reçu Ă  la Confirmation et dans   l’Eucharistie, force de nos Ăąmes.

 

PÚre Dieudonné, Curé

 

Publié le 12 mars 2026

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Edito du curĂ© – dimanche 15 mars 2026

«  Je suis la lumiÚre du monde »

De l’affirmation « je suis l’eau qui donne la vie » dimanche dernier, Ă  « je suis la lumiĂšre du monde » ce dimanche, les textes liturgiques, comme une sorte de chemin balisĂ©, font progresser d’une part les fidĂšles baptisĂ©s vers une redĂ©couverte de l’identitĂ© de JĂ©sus, et d’autre part les catĂ©chumĂšnes vers l’illumination de leur vie au contact de ce mĂȘme JĂ©sus. Leur participation aux scrutins est Ă  la fois conversion, illumination et purification. D’ailleurs, le terme liturgique de « scrutin » n’évoque-t-il pas un temps de discernement progressif, un temps de cƓur Ă  cƓur avec Dieu oĂč le catĂ©chumĂšne devient son Ă©lu, son prĂ©fĂ©rĂ©, son choix, son dĂ©volu ! L’épisode de l’aveugle-nĂ© de Saint Jean qui nourrit le 2Ăšme scrutin de ce dimanche est un vĂ©ritable portrait du chemin catĂ©chumĂ©nal que l’Eglise propose Ă  ses enfants qui veulent entrer dans la lumiĂšre de Dieu par le bain du baptĂȘme. 

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’identitĂ© de JĂ©sus dans l’évangile de Saint Jean s’exprime sous l’aspect de signes qui se dĂ©voilent progressivement, suite Ă  de multiples rencontres oĂč les interlocuteurs dĂ©couvrent la messianitĂ© de JĂ©sus, vĂ©ritable fils de David annoncĂ© par les prophĂštes. De la rencontre avec NicodĂšme (Jn 3, 1
) Ă  celle de l’aveugle de naissance (Jn 9, 1
) en passant par celle de la Samaritaine (Jn 4, 1
) et celle du paralysĂ© de Bethzatha (Jn 5, 1
), l’auteur du 4Ăšme Ă©vangile nous fait dĂ©couvrir, Ă  travers ces rencontres informelles avec des personnes aux visages atypiques, un pan essentiel de l’identitĂ© de l’homme-JĂ©sus. A chacune de ces rencontres, Saint Jean prĂ©sente l’identitĂ© de JĂ©sus sous un voile qu’il faut enlever pour mieux voir, mieux identifier l’Inconnu ; alors s’engage une vĂ©ritable adhĂ©sion au Christ que les diffĂ©rents interlocuteurs viennent de dĂ©couvrir et cherchent Ă  proclamer, Ă  exhiber comme un vĂ©ritable trĂ©sor. Devant les menaces et les injures des Pharisiens qui tentent Ă  le museler, l’aveugle-guĂ©ri atteste sans craindre les reprĂ©sailles : « je sais une chose, j’étais aveugle et il m’a guĂ©ri », conviction que rien ne peut dĂ©raciner en lui. 

La clartĂ© de la lumiĂšre qui va dĂ©sormais inonder ses yeux jadis enfermĂ©s dans la nuit va complĂ©tement bouleverser sa vie : il passe des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre, celle que diffuse le RessuscitĂ©. Le grand chamboulement qui s’opĂšre dans la vie de cet homme n’est certainement pas la guĂ©rison de sa cĂ©citĂ© physique, mais de cet autre aveuglement qui l’empĂȘchait d’accueillir la nouveautĂ© de l’évangile et du salut inaugurĂ©s par JĂ©sus. La guĂ©rison controversĂ©e de cet aveugle est l’exemple mĂȘme du parcours spirituel de tout baptisĂ©, Ă  travers lequel Saint Jean souligne la nĂ©cessitĂ© d’un passage Ă  opĂ©rer, d’un cap Ă  franchir, d’un dĂ©sert Ă  traverser, d’un Ă©tat Ă  changer : « j’étais aveugle et je vois » ! 

Saint Jean met ainsi en exergue le contraste entre la cĂ©citĂ© physique de cet homme et cette autre cĂ©citĂ©, celle du cƓur, incarnĂ©e par les Pharisiens qui se ferment mordicus Ă  la lumiĂšre. PlongĂ©s dans leur certitude de professionnels de la Loi, les Pharisiens ne savent plus discerner l’action de Dieu. Leur enfermement dans les tĂ©nĂšbres profondes d’un passĂ© nostalgique est un aveuglement qui envahit notre monde actuel. Vous avez dit « aveuglement »? C’est la prĂ©tention orgueilleuse d’une frange de penseurs contemporains Ă  qualifier le XVIIĂšme siĂšcle, de « siĂšcle des LumiĂšres » (1715 Ă  1789) ! Nous subissons encore de nos jours les affres de ce courant philosophique qui a tracĂ© les sillons du rationalisme omnipotent, de l’individualisme aveugle et du libĂ©ralisme athĂ©e. Peut-ĂȘtre les pĂšres de ce mouvement de pensĂ©e avaient-ils imaginĂ© sortir le monde de l’obscurantisme alors qu’ils l’enfonçaient dans leur aveuglement oĂč Dieu n’a plus de place et oĂč l’homme n’a de valeur que par rapport Ă  ce qu’il produit, Ă  son utilitĂ© dans la sociĂ©tĂ© Ă©conomique guidĂ©e par les calculs et les intĂ©rĂȘts Ă  maximiser. La loi d’aide Ă  mourir, celle qui donne la mort aux personnes malades, puise son inspiration dans une telle illumination aveuglante.  

Nos chers Pharisiens qui, on le voit bien, pensaient aussi « garder la Loi », en sacrifiant cet aveugle-nĂ© et en niant sa guĂ©rison objective, n’ont-ils pas su qu’ils desservaient de cette maniĂšre cette mĂȘme Loi dont le but est de libĂ©rer l’homme ? De mĂȘme, les philosophes des LumiĂšres qui pensaient donner Ă  l’homme ses lettre de noblesse en le coupant de Dieu, sa racine pivotante, l’ont rendu esclave de leurs pensĂ©es assez prĂ©tentieuses. L’homme issu du moule du siĂšcle de LumiĂšres est un individu et non une personne, un ĂȘtre essentiellement de relation, ouvert Ă  Dieu et Ă  son environnement qu’il gĂšre sans le dĂ©vorer pour les fins Ă©conomiques. 

Le personnage de cet aveugle-nĂ© est un signe, au sens sacramentel du terme. Dans le sacrement, l’invisible est enveloppĂ© par ce qui est visible : le signe sensible, ce qui cache le vrai sens du message Ă  saisir
 VoilĂ  un geste simple qui dĂ©bouche sur un fait extraordinaire, un parcours tĂ©nĂ©breux qui s’ouvre Ă  la lumiĂšre qu’est le Christ.

Tout le drame de cet homme n’est pas qu’il soit nĂ© aveugle. L’aventure qu’il vit ou qu’il traverse est liĂ©e Ă  sa guĂ©rison. Le rĂ©cit se prĂ©sente comme un procĂšs dĂ©clenchĂ© par une guĂ©rison accomplie par JĂ©sus. Depuis cette guĂ©rison qu’il n’a pas objectivement demandĂ©e, l’aveugle-nĂ© est seul contre tous. L’aveugle-nĂ© est un homme anonyme pour tous, mais l’aveugle-guĂ©ri devient protagoniste aux yeux de tous, un homme dont la vie, dĂ©sormais, interroge et dĂ©range. 

Saint Jean trace ainsi le portrait du chrĂ©tien, celui qui comme cet aveugle-guĂ©ri, embrasse le Christ. La vie chrĂ©tienne, ne l’oublions pas, est une interrogation poignante adressĂ©e Ă  notre monde qui rejette Dieu. Il n’est pas possible d’ĂȘtre chrĂ©tien aujourd’hui et de vouloir absolument faire l’unanimitĂ©, voire mĂȘme trouver sa place dans la sociĂ©tĂ©, sans ĂȘtre « stigmatisé ». Cet aveugle-guĂ©ri est le symbole de la rĂ©sistance aux pressions mondaines et aux controverses de tout genre qui bousculent notre identitĂ© chrĂ©tienne et mĂȘme la structure de l’Eglise qui tente de se couler dans les idĂ©ologies de notre monde. 

Dans cette adversitĂ© constante, notre force est dans la grĂące agissante du sacrement de baptĂȘme que nous avons reçue et que les catĂ©chumĂšnes se prĂ©parent Ă  recevoir. Je sais que le combat est pesant, long et pĂ©rilleux pour faire cette traversĂ©e qui mĂšne Ă  JĂ©sus. L’Eglise, agissant au nom du Christ, soutient la traversĂ©e des futurs baptisĂ©s Ă  travers le rite des scrutins et rĂ©conforte celle des baptisĂ©s par l’Esprit-Saint reçu Ă  la Confirmation et dans   l’Eucharistie, force de nos Ăąmes.

 

PÚre Dieudonné, Curé

 

Publié le 12 mars 2026

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Edito du curĂ© – dimanche 15 mars 2026

lelien

«  Je suis la lumiÚre du monde »

De l’affirmation « je suis l’eau qui donne la vie » dimanche dernier, Ă  « je suis la lumiĂšre du monde » ce dimanche, les textes liturgiques, comme une sorte de chemin balisĂ©, font progresser d’une part les fidĂšles baptisĂ©s vers une redĂ©couverte de l’identitĂ© de JĂ©sus, et d’autre part les catĂ©chumĂšnes vers l’illumination de leur vie au contact de ce mĂȘme JĂ©sus. Leur participation aux scrutins est Ă  la fois conversion, illumination et purification. D’ailleurs, le terme liturgique de « scrutin » n’évoque-t-il pas un temps de discernement progressif, un temps de cƓur Ă  cƓur avec Dieu oĂč le catĂ©chumĂšne devient son Ă©lu, son prĂ©fĂ©rĂ©, son choix, son dĂ©volu ! L’épisode de l’aveugle-nĂ© de Saint Jean qui nourrit le 2Ăšme scrutin de ce dimanche est un vĂ©ritable portrait du chemin catĂ©chumĂ©nal que l’Eglise propose Ă  ses enfants qui veulent entrer dans la lumiĂšre de Dieu par le bain du baptĂȘme. 

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’identitĂ© de JĂ©sus dans l’évangile de Saint Jean s’exprime sous l’aspect de signes qui se dĂ©voilent progressivement, suite Ă  de multiples rencontres oĂč les interlocuteurs dĂ©couvrent la messianitĂ© de JĂ©sus, vĂ©ritable fils de David annoncĂ© par les prophĂštes. De la rencontre avec NicodĂšme (Jn 3, 1
) Ă  celle de l’aveugle de naissance (Jn 9, 1
) en passant par celle de la Samaritaine (Jn 4, 1
) et celle du paralysĂ© de Bethzatha (Jn 5, 1
), l’auteur du 4Ăšme Ă©vangile nous fait dĂ©couvrir, Ă  travers ces rencontres informelles avec des personnes aux visages atypiques, un pan essentiel de l’identitĂ© de l’homme-JĂ©sus. A chacune de ces rencontres, Saint Jean prĂ©sente l’identitĂ© de JĂ©sus sous un voile qu’il faut enlever pour mieux voir, mieux identifier l’Inconnu ; alors s’engage une vĂ©ritable adhĂ©sion au Christ que les diffĂ©rents interlocuteurs viennent de dĂ©couvrir et cherchent Ă  proclamer, Ă  exhiber comme un vĂ©ritable trĂ©sor. Devant les menaces et les injures des Pharisiens qui tentent Ă  le museler, l’aveugle-guĂ©ri atteste sans craindre les reprĂ©sailles : « je sais une chose, j’étais aveugle et il m’a guĂ©ri », conviction que rien ne peut dĂ©raciner en lui. 

La clartĂ© de la lumiĂšre qui va dĂ©sormais inonder ses yeux jadis enfermĂ©s dans la nuit va complĂ©tement bouleverser sa vie : il passe des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre, celle que diffuse le RessuscitĂ©. Le grand chamboulement qui s’opĂšre dans la vie de cet homme n’est certainement pas la guĂ©rison de sa cĂ©citĂ© physique, mais de cet autre aveuglement qui l’empĂȘchait d’accueillir la nouveautĂ© de l’évangile et du salut inaugurĂ©s par JĂ©sus. La guĂ©rison controversĂ©e de cet aveugle est l’exemple mĂȘme du parcours spirituel de tout baptisĂ©, Ă  travers lequel Saint Jean souligne la nĂ©cessitĂ© d’un passage Ă  opĂ©rer, d’un cap Ă  franchir, d’un dĂ©sert Ă  traverser, d’un Ă©tat Ă  changer : « j’étais aveugle et je vois » ! 

Saint Jean met ainsi en exergue le contraste entre la cĂ©citĂ© physique de cet homme et cette autre cĂ©citĂ©, celle du cƓur, incarnĂ©e par les Pharisiens qui se ferment mordicus Ă  la lumiĂšre. PlongĂ©s dans leur certitude de professionnels de la Loi, les Pharisiens ne savent plus discerner l’action de Dieu. Leur enfermement dans les tĂ©nĂšbres profondes d’un passĂ© nostalgique est un aveuglement qui envahit notre monde actuel. Vous avez dit « aveuglement »? C’est la prĂ©tention orgueilleuse d’une frange de penseurs contemporains Ă  qualifier le XVIIĂšme siĂšcle, de « siĂšcle des LumiĂšres » (1715 Ă  1789) ! Nous subissons encore de nos jours les affres de ce courant philosophique qui a tracĂ© les sillons du rationalisme omnipotent, de l’individualisme aveugle et du libĂ©ralisme athĂ©e. Peut-ĂȘtre les pĂšres de ce mouvement de pensĂ©e avaient-ils imaginĂ© sortir le monde de l’obscurantisme alors qu’ils l’enfonçaient dans leur aveuglement oĂč Dieu n’a plus de place et oĂč l’homme n’a de valeur que par rapport Ă  ce qu’il produit, Ă  son utilitĂ© dans la sociĂ©tĂ© Ă©conomique guidĂ©e par les calculs et les intĂ©rĂȘts Ă  maximiser. La loi d’aide Ă  mourir, celle qui donne la mort aux personnes malades, puise son inspiration dans une telle illumination aveuglante.  

Nos chers Pharisiens qui, on le voit bien, pensaient aussi « garder la Loi », en sacrifiant cet aveugle-nĂ© et en niant sa guĂ©rison objective, n’ont-ils pas su qu’ils desservaient de cette maniĂšre cette mĂȘme Loi dont le but est de libĂ©rer l’homme ? De mĂȘme, les philosophes des LumiĂšres qui pensaient donner Ă  l’homme ses lettre de noblesse en le coupant de Dieu, sa racine pivotante, l’ont rendu esclave de leurs pensĂ©es assez prĂ©tentieuses. L’homme issu du moule du siĂšcle de LumiĂšres est un individu et non une personne, un ĂȘtre essentiellement de relation, ouvert Ă  Dieu et Ă  son environnement qu’il gĂšre sans le dĂ©vorer pour les fins Ă©conomiques. 

Le personnage de cet aveugle-nĂ© est un signe, au sens sacramentel du terme. Dans le sacrement, l’invisible est enveloppĂ© par ce qui est visible : le signe sensible, ce qui cache le vrai sens du message Ă  saisir
 VoilĂ  un geste simple qui dĂ©bouche sur un fait extraordinaire, un parcours tĂ©nĂ©breux qui s’ouvre Ă  la lumiĂšre qu’est le Christ.

Tout le drame de cet homme n’est pas qu’il soit nĂ© aveugle. L’aventure qu’il vit ou qu’il traverse est liĂ©e Ă  sa guĂ©rison. Le rĂ©cit se prĂ©sente comme un procĂšs dĂ©clenchĂ© par une guĂ©rison accomplie par JĂ©sus. Depuis cette guĂ©rison qu’il n’a pas objectivement demandĂ©e, l’aveugle-nĂ© est seul contre tous. L’aveugle-nĂ© est un homme anonyme pour tous, mais l’aveugle-guĂ©ri devient protagoniste aux yeux de tous, un homme dont la vie, dĂ©sormais, interroge et dĂ©range. 

Saint Jean trace ainsi le portrait du chrĂ©tien, celui qui comme cet aveugle-guĂ©ri, embrasse le Christ. La vie chrĂ©tienne, ne l’oublions pas, est une interrogation poignante adressĂ©e Ă  notre monde qui rejette Dieu. Il n’est pas possible d’ĂȘtre chrĂ©tien aujourd’hui et de vouloir absolument faire l’unanimitĂ©, voire mĂȘme trouver sa place dans la sociĂ©tĂ©, sans ĂȘtre « stigmatisé ». Cet aveugle-guĂ©ri est le symbole de la rĂ©sistance aux pressions mondaines et aux controverses de tout genre qui bousculent notre identitĂ© chrĂ©tienne et mĂȘme la structure de l’Eglise qui tente de se couler dans les idĂ©ologies de notre monde. 

Dans cette adversitĂ© constante, notre force est dans la grĂące agissante du sacrement de baptĂȘme que nous avons reçue et que les catĂ©chumĂšnes se prĂ©parent Ă  recevoir. Je sais que le combat est pesant, long et pĂ©rilleux pour faire cette traversĂ©e qui mĂšne Ă  JĂ©sus. L’Eglise, agissant au nom du Christ, soutient la traversĂ©e des futurs baptisĂ©s Ă  travers le rite des scrutins et rĂ©conforte celle des baptisĂ©s par l’Esprit-Saint reçu Ă  la Confirmation et dans   l’Eucharistie, force de nos Ăąmes.

 

PÚre Dieudonné, Curé

 

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Publié le 12 mars 2026