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Edito du curĂ© – dimanche 8 mars 2026

lelien

 

« Femme », dit Jésus, « Donne-moi à boire ! »

 

Cette demande de JĂ©sus passe parfois inaperçue dans nos commentaires. Et pourtant elle est la clĂ© de cette rencontre providentielle qui se dĂ©roule comme un itinĂ©raire de foi : on y entre par un fait banal, la soif d’eau, et on en sort avec le don de la foi, l’obtention d’une fontaine intarissable. Cette demande ouvre le dialogue entre JĂ©sus et cette femme de Samarie qui vient faire sa corvĂ©e d’eau, et elle sera aussi dĂ©terminante dans la suite de cette rencontre oĂč la soif du premier fera ressortir la soif du deuxiĂšme. Sortie de la bouche de JĂ©sus Christ, perfectus Deus et perfectus homo, cette demande est une RĂ©vĂ©lation qui nous fait dĂ©couvrir un aspect singulier du visage de l’homme-JĂ©sus : la prĂ©caritĂ© de Dieu ! « Donne-moi Ă  boire » est une vĂ©ritable priĂšre. 

Rappelons-nous, « donne-nous de l’eau Ă  boire » (Ex 17,2) fut la demande, ou mieux la rĂ©crimination du peuple hĂ©breux contre MoĂŻse dans leur traversĂ©e du dĂ©sert. Le destin de ce peuple se noue et s’accomplit pleinement dans le visage de JĂ©sus. Il ne prend pas seulement la tĂȘte de ce peuple, il Ă©pouse ce peuple et l’incarne dans le mystĂšre de l’Eglise, Nouvel IsraĂ«l ! L’Eglise est ce rĂ©ceptacle qui rassemble la plainte de l’humanitĂ© dĂ©figurĂ©e par le pĂ©chĂ© et la dĂ©pose entre les mains du PĂšre misĂ©ricordieux. En JĂ©sus, au bord de ce puit, Dieu dit sa soif !

Avec Saint Jean, ce cri de JĂ©sus n’est ni figuratif ni un prĂ©texte pour aborder cette femme. Il est le cri de l’Homme-Dieu. JĂ©sus, visiblement en position de faiblesse, de manque, appelle au secours. Dans cette rencontre, St Jean ne fait pas que briser la glace des prĂ©jugĂ©s ancestraux entre Juifs et Samaritains – entre Dieu et l’homme, malgrĂ© la rupture du pĂ©chĂ© – mais renverse totalement les rĂŽles et les situations. Cette demande place vĂ©ritablement JĂ©sus, perfectus Deus et perfectus homo, en situation de dĂ©faveur. Et c’est de l’inĂ©dit ! Un Dieu mendiant qui appelle l’homme Ă  sa rescousse? St Jean dĂ©crit le plus haut degrĂ© de l’amour indicible de Dieu qui atteindra son point culminant sur la Croix, lorsqu’il dira : « J’ai soif ! » Jn 19,28.

Du haut de la Croix, ce cri n’est pas un cri de dĂ©sespoir. Il exprime plutĂŽt le dĂ©sir profond de Dieu d’avoir soif de l’humanitĂ© qui s’égare en Ă©jectant Dieu de son existence. Dans les Evangiles de la Passion, pendant que Saint Jean souligne la soif de JĂ©sus comme dĂ©sir profond d’amour pour l’humanitĂ©, Saint Luc, de son cĂŽtĂ©, mettra les paroles du pardon dans la bouche de JĂ©sus agonisant sur la Croix : « PĂšre, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). La soif d’eau exprimĂ©e Ă  la Samaritaine est, Ă  travers l’évĂ©nement de la Croix, le sommet de l’amour de Dieu, le lieu oĂč se dĂ©saltĂšre l’humanitĂ© d’hier et d’aujourd’hui. L’Eglise a reçu mission de dispenser cette eau vive dont la source est dans les sacrements.

Depuis la GenĂšse, le cri de la soif de Dieu pour l’humanitĂ© a commencĂ© par l’acte de la crĂ©ation « faisons l’homme Ă  notre image ». Et cette soif atteint son apogĂ©e dans le mystĂšre de la rĂ©demption. Pourrais-je oser affirmer ceci ? Au commencement Ă©tait la soif de Dieu pour l’humanitĂ©, et cette soif Ă©tait la rĂ©vĂ©lation de son amour prĂ©venant, son dĂ©sir de sauver l’homme, c’est-Ă -dire de le sortir de cette situation de prĂ©caritĂ© et d’esclavage dans laquelle le pĂ©chĂ© l’a soumis. JĂ©sus endure nos soifs pour que nous n’ayons soif que de Lui, eau vive et source jaillissante


Lorsque le psalmiste criera « mon Ăąme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3), il ne fera que l’écho de la soif prĂ©venante de Dieu pour Lui. De mĂȘme que Dieu nous a aimĂ©s le premier, de mĂȘme, le premier a eu soif de nous. La Samaritaine devient ainsi le symbole de la manifestation constante de la soif de Dieu pour nous.

Aux catĂ©chumĂšnes qui cheminent vers le baptĂȘme, JĂ©sus adresse le mĂȘme appel et la mĂȘme priĂšre : j’ai soif de toi ! L’Eglise invite les futurs baptisĂ©s, Ă  travers les trois scrutins successifs, Ă  entrer en dialogue avec JĂ©sus, Ă  se laisser atteindre par son regard d’amour, afin de dĂ©couvrir l’incommensurable don de Dieu qui les attend dans le bain baptismal. « J’ai soif » est pour eux une vibrante invitation Ă  redĂ©couvrir l’amour de Dieu qui s’ouvre dans son abaissement et qui atteint sa plus haute expression sur la croix. De Sa soif, le chrĂ©tien Ă©tanche sa soif !

AdressĂ© Ă  la Samaritaine comme aux catĂ©chumĂšnes, « donne-moi Ă  boire » est une priĂšre rĂ©vĂ©latrice de l’image de la fragilitĂ© profonde de Dieu qui dĂ©passe le simple dĂ©sir de dĂ©saltĂ©rer sa soif d’eau. A travers la demande de ce voyageur extĂ©nuĂ© par la fatigue, tenaillĂ© par la faim et la soif, Saint Jean met en lumiĂšre l’humanitĂ© de Dieu qui  n’exclut pas les contingences et les rĂ©alitĂ©s de toute vie humaine. DerriĂšre notre humanitĂ© que JĂ©sus assume et porte, se dessine une attente de Dieu : transformer nos soifs ! JĂ©sus n’a pas que soif d’eau, il se fait mendiant pour sortir la Samaritaine de la dĂ©pendance dans laquelle le pĂ©chĂ© l’a soumise. Pour les catĂ©chumĂšnes, la Samaritaine est le symbole d’un cheminement pascal oĂč s’effectue une transformation en profondeur, un passage radical
 DĂ©sormais, elle peut tout laisser, sa cruche d’eau qui est son unique richesse. Elle se met en route avec une autre soif, celle de partager avec les autres le don de Dieu dont elle est dĂ©sormais la messagĂšre. La Samaritaine inaugure le sacerdoce baptismal qui investit, par le fait mĂȘme, tous les baptisĂ©s Ă  la mission Ă©vangĂ©lisatrice. Le baptisĂ© qui a reçu le Christ ne peut que devenir son apĂŽtre zĂ©lĂ© !

Commentant cette rencontre de JĂ©sus avec la Samaritaine, Le Pape François dira : « JĂ©sus avait besoin de rencontrer la samaritaine pour lui ouvrir son cƓur. Il lui demande Ă  boire pour faire ressortir la soif qu’elle avait en elle-mĂȘme. Cette femme en est touchĂ©e et elle pose Ă  JĂ©sus les questions profondes qui nous habitent et que nous ignorons souvent. Nous nous posons nous aussi beaucoup de questions mais nous n’avons pas le courage de les adresser Ă  JĂ©sus ! »

Le temps de CarĂȘme est propice Ă  cet entretien seul Ă  seul avec JĂ©sus. C’est le temps pour un voyage Ă  l’intĂ©rieur de nous-mĂȘme, le temps d’un examen de conscience, qui, comme la Samaritaine, nous aidera Ă  exposer nos besoins spirituels les plus authentiques Ă  JĂ©sus et Ă  demander son secours. 

Dans cette optique, la paroisse propose Ă  tous baptisĂ©s ou catĂ©chumĂšnes, un temps d’entretien de cƓur Ă  cƓur avec JĂ©sus, sur un ThĂšme assez Ă©vocateur : « CarĂȘme, Printemps de la vie spirituelle ». L’annĂ©e de la diaconie ouverte dans notre paroisse nous donne l’occasion de redĂ©couvrir l’autre face de l’évangĂ©lisation qui est « le service de mon prochain », la charitĂ©, un pilier du CarĂȘme vĂ©cu en profondeur. Dieu se laisse toucher dans ses entrailles Ă  « chaque fois que vous l’avez fait Ă  l’un de ces plus petits qui sont mes frĂšres » (Mt 25,40)

 Reprenons la priÚre de la Samaritaine dont la vie a été totalement bouleversée au contact de celle de Jésus : « Jésus, donne-moi de cette eau qui étanchera éternellement ma soif ».

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé 

 

Publié le 05 mars 2026

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Edito du curĂ© – dimanche 8 mars 2026

 

« Femme », dit Jésus, « Donne-moi à boire ! »

 

Cette demande de JĂ©sus passe parfois inaperçue dans nos commentaires. Et pourtant elle est la clĂ© de cette rencontre providentielle qui se dĂ©roule comme un itinĂ©raire de foi : on y entre par un fait banal, la soif d’eau, et on en sort avec le don de la foi, l’obtention d’une fontaine intarissable. Cette demande ouvre le dialogue entre JĂ©sus et cette femme de Samarie qui vient faire sa corvĂ©e d’eau, et elle sera aussi dĂ©terminante dans la suite de cette rencontre oĂč la soif du premier fera ressortir la soif du deuxiĂšme. Sortie de la bouche de JĂ©sus Christ, perfectus Deus et perfectus homo, cette demande est une RĂ©vĂ©lation qui nous fait dĂ©couvrir un aspect singulier du visage de l’homme-JĂ©sus : la prĂ©caritĂ© de Dieu ! « Donne-moi Ă  boire » est une vĂ©ritable priĂšre. 

Rappelons-nous, « donne-nous de l’eau Ă  boire » (Ex 17,2) fut la demande, ou mieux la rĂ©crimination du peuple hĂ©breux contre MoĂŻse dans leur traversĂ©e du dĂ©sert. Le destin de ce peuple se noue et s’accomplit pleinement dans le visage de JĂ©sus. Il ne prend pas seulement la tĂȘte de ce peuple, il Ă©pouse ce peuple et l’incarne dans le mystĂšre de l’Eglise, Nouvel IsraĂ«l ! L’Eglise est ce rĂ©ceptacle qui rassemble la plainte de l’humanitĂ© dĂ©figurĂ©e par le pĂ©chĂ© et la dĂ©pose entre les mains du PĂšre misĂ©ricordieux. En JĂ©sus, au bord de ce puit, Dieu dit sa soif !

Avec Saint Jean, ce cri de JĂ©sus n’est ni figuratif ni un prĂ©texte pour aborder cette femme. Il est le cri de l’Homme-Dieu. JĂ©sus, visiblement en position de faiblesse, de manque, appelle au secours. Dans cette rencontre, St Jean ne fait pas que briser la glace des prĂ©jugĂ©s ancestraux entre Juifs et Samaritains – entre Dieu et l’homme, malgrĂ© la rupture du pĂ©chĂ© – mais renverse totalement les rĂŽles et les situations. Cette demande place vĂ©ritablement JĂ©sus, perfectus Deus et perfectus homo, en situation de dĂ©faveur. Et c’est de l’inĂ©dit ! Un Dieu mendiant qui appelle l’homme Ă  sa rescousse? St Jean dĂ©crit le plus haut degrĂ© de l’amour indicible de Dieu qui atteindra son point culminant sur la Croix, lorsqu’il dira : « J’ai soif ! » Jn 19,28.

Du haut de la Croix, ce cri n’est pas un cri de dĂ©sespoir. Il exprime plutĂŽt le dĂ©sir profond de Dieu d’avoir soif de l’humanitĂ© qui s’égare en Ă©jectant Dieu de son existence. Dans les Evangiles de la Passion, pendant que Saint Jean souligne la soif de JĂ©sus comme dĂ©sir profond d’amour pour l’humanitĂ©, Saint Luc, de son cĂŽtĂ©, mettra les paroles du pardon dans la bouche de JĂ©sus agonisant sur la Croix : « PĂšre, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). La soif d’eau exprimĂ©e Ă  la Samaritaine est, Ă  travers l’évĂ©nement de la Croix, le sommet de l’amour de Dieu, le lieu oĂč se dĂ©saltĂšre l’humanitĂ© d’hier et d’aujourd’hui. L’Eglise a reçu mission de dispenser cette eau vive dont la source est dans les sacrements.

Depuis la GenĂšse, le cri de la soif de Dieu pour l’humanitĂ© a commencĂ© par l’acte de la crĂ©ation « faisons l’homme Ă  notre image ». Et cette soif atteint son apogĂ©e dans le mystĂšre de la rĂ©demption. Pourrais-je oser affirmer ceci ? Au commencement Ă©tait la soif de Dieu pour l’humanitĂ©, et cette soif Ă©tait la rĂ©vĂ©lation de son amour prĂ©venant, son dĂ©sir de sauver l’homme, c’est-Ă -dire de le sortir de cette situation de prĂ©caritĂ© et d’esclavage dans laquelle le pĂ©chĂ© l’a soumis. JĂ©sus endure nos soifs pour que nous n’ayons soif que de Lui, eau vive et source jaillissante


Lorsque le psalmiste criera « mon Ăąme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3), il ne fera que l’écho de la soif prĂ©venante de Dieu pour Lui. De mĂȘme que Dieu nous a aimĂ©s le premier, de mĂȘme, le premier a eu soif de nous. La Samaritaine devient ainsi le symbole de la manifestation constante de la soif de Dieu pour nous.

Aux catĂ©chumĂšnes qui cheminent vers le baptĂȘme, JĂ©sus adresse le mĂȘme appel et la mĂȘme priĂšre : j’ai soif de toi ! L’Eglise invite les futurs baptisĂ©s, Ă  travers les trois scrutins successifs, Ă  entrer en dialogue avec JĂ©sus, Ă  se laisser atteindre par son regard d’amour, afin de dĂ©couvrir l’incommensurable don de Dieu qui les attend dans le bain baptismal. « J’ai soif » est pour eux une vibrante invitation Ă  redĂ©couvrir l’amour de Dieu qui s’ouvre dans son abaissement et qui atteint sa plus haute expression sur la croix. De Sa soif, le chrĂ©tien Ă©tanche sa soif !

AdressĂ© Ă  la Samaritaine comme aux catĂ©chumĂšnes, « donne-moi Ă  boire » est une priĂšre rĂ©vĂ©latrice de l’image de la fragilitĂ© profonde de Dieu qui dĂ©passe le simple dĂ©sir de dĂ©saltĂ©rer sa soif d’eau. A travers la demande de ce voyageur extĂ©nuĂ© par la fatigue, tenaillĂ© par la faim et la soif, Saint Jean met en lumiĂšre l’humanitĂ© de Dieu qui  n’exclut pas les contingences et les rĂ©alitĂ©s de toute vie humaine. DerriĂšre notre humanitĂ© que JĂ©sus assume et porte, se dessine une attente de Dieu : transformer nos soifs ! JĂ©sus n’a pas que soif d’eau, il se fait mendiant pour sortir la Samaritaine de la dĂ©pendance dans laquelle le pĂ©chĂ© l’a soumise. Pour les catĂ©chumĂšnes, la Samaritaine est le symbole d’un cheminement pascal oĂč s’effectue une transformation en profondeur, un passage radical
 DĂ©sormais, elle peut tout laisser, sa cruche d’eau qui est son unique richesse. Elle se met en route avec une autre soif, celle de partager avec les autres le don de Dieu dont elle est dĂ©sormais la messagĂšre. La Samaritaine inaugure le sacerdoce baptismal qui investit, par le fait mĂȘme, tous les baptisĂ©s Ă  la mission Ă©vangĂ©lisatrice. Le baptisĂ© qui a reçu le Christ ne peut que devenir son apĂŽtre zĂ©lĂ© !

Commentant cette rencontre de JĂ©sus avec la Samaritaine, Le Pape François dira : « JĂ©sus avait besoin de rencontrer la samaritaine pour lui ouvrir son cƓur. Il lui demande Ă  boire pour faire ressortir la soif qu’elle avait en elle-mĂȘme. Cette femme en est touchĂ©e et elle pose Ă  JĂ©sus les questions profondes qui nous habitent et que nous ignorons souvent. Nous nous posons nous aussi beaucoup de questions mais nous n’avons pas le courage de les adresser Ă  JĂ©sus ! »

Le temps de CarĂȘme est propice Ă  cet entretien seul Ă  seul avec JĂ©sus. C’est le temps pour un voyage Ă  l’intĂ©rieur de nous-mĂȘme, le temps d’un examen de conscience, qui, comme la Samaritaine, nous aidera Ă  exposer nos besoins spirituels les plus authentiques Ă  JĂ©sus et Ă  demander son secours. 

Dans cette optique, la paroisse propose Ă  tous baptisĂ©s ou catĂ©chumĂšnes, un temps d’entretien de cƓur Ă  cƓur avec JĂ©sus, sur un ThĂšme assez Ă©vocateur : « CarĂȘme, Printemps de la vie spirituelle ». L’annĂ©e de la diaconie ouverte dans notre paroisse nous donne l’occasion de redĂ©couvrir l’autre face de l’évangĂ©lisation qui est « le service de mon prochain », la charitĂ©, un pilier du CarĂȘme vĂ©cu en profondeur. Dieu se laisse toucher dans ses entrailles Ă  « chaque fois que vous l’avez fait Ă  l’un de ces plus petits qui sont mes frĂšres » (Mt 25,40)

 Reprenons la priÚre de la Samaritaine dont la vie a été totalement bouleversée au contact de celle de Jésus : « Jésus, donne-moi de cette eau qui étanchera éternellement ma soif ».

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé 

 

Publié le 05 mars 2026

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« Femme », dit Jésus, « Donne-moi à boire ! »

 

Cette demande de JĂ©sus passe parfois inaperçue dans nos commentaires. Et pourtant elle est la clĂ© de cette rencontre providentielle qui se dĂ©roule comme un itinĂ©raire de foi : on y entre par un fait banal, la soif d’eau, et on en sort avec le don de la foi, l’obtention d’une fontaine intarissable. Cette demande ouvre le dialogue entre JĂ©sus et cette femme de Samarie qui vient faire sa corvĂ©e d’eau, et elle sera aussi dĂ©terminante dans la suite de cette rencontre oĂč la soif du premier fera ressortir la soif du deuxiĂšme. Sortie de la bouche de JĂ©sus Christ, perfectus Deus et perfectus homo, cette demande est une RĂ©vĂ©lation qui nous fait dĂ©couvrir un aspect singulier du visage de l’homme-JĂ©sus : la prĂ©caritĂ© de Dieu ! « Donne-moi Ă  boire » est une vĂ©ritable priĂšre. 

Rappelons-nous, « donne-nous de l’eau Ă  boire » (Ex 17,2) fut la demande, ou mieux la rĂ©crimination du peuple hĂ©breux contre MoĂŻse dans leur traversĂ©e du dĂ©sert. Le destin de ce peuple se noue et s’accomplit pleinement dans le visage de JĂ©sus. Il ne prend pas seulement la tĂȘte de ce peuple, il Ă©pouse ce peuple et l’incarne dans le mystĂšre de l’Eglise, Nouvel IsraĂ«l ! L’Eglise est ce rĂ©ceptacle qui rassemble la plainte de l’humanitĂ© dĂ©figurĂ©e par le pĂ©chĂ© et la dĂ©pose entre les mains du PĂšre misĂ©ricordieux. En JĂ©sus, au bord de ce puit, Dieu dit sa soif !

Avec Saint Jean, ce cri de JĂ©sus n’est ni figuratif ni un prĂ©texte pour aborder cette femme. Il est le cri de l’Homme-Dieu. JĂ©sus, visiblement en position de faiblesse, de manque, appelle au secours. Dans cette rencontre, St Jean ne fait pas que briser la glace des prĂ©jugĂ©s ancestraux entre Juifs et Samaritains – entre Dieu et l’homme, malgrĂ© la rupture du pĂ©chĂ© – mais renverse totalement les rĂŽles et les situations. Cette demande place vĂ©ritablement JĂ©sus, perfectus Deus et perfectus homo, en situation de dĂ©faveur. Et c’est de l’inĂ©dit ! Un Dieu mendiant qui appelle l’homme Ă  sa rescousse? St Jean dĂ©crit le plus haut degrĂ© de l’amour indicible de Dieu qui atteindra son point culminant sur la Croix, lorsqu’il dira : « J’ai soif ! » Jn 19,28.

Du haut de la Croix, ce cri n’est pas un cri de dĂ©sespoir. Il exprime plutĂŽt le dĂ©sir profond de Dieu d’avoir soif de l’humanitĂ© qui s’égare en Ă©jectant Dieu de son existence. Dans les Evangiles de la Passion, pendant que Saint Jean souligne la soif de JĂ©sus comme dĂ©sir profond d’amour pour l’humanitĂ©, Saint Luc, de son cĂŽtĂ©, mettra les paroles du pardon dans la bouche de JĂ©sus agonisant sur la Croix : « PĂšre, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). La soif d’eau exprimĂ©e Ă  la Samaritaine est, Ă  travers l’évĂ©nement de la Croix, le sommet de l’amour de Dieu, le lieu oĂč se dĂ©saltĂšre l’humanitĂ© d’hier et d’aujourd’hui. L’Eglise a reçu mission de dispenser cette eau vive dont la source est dans les sacrements.

Depuis la GenĂšse, le cri de la soif de Dieu pour l’humanitĂ© a commencĂ© par l’acte de la crĂ©ation « faisons l’homme Ă  notre image ». Et cette soif atteint son apogĂ©e dans le mystĂšre de la rĂ©demption. Pourrais-je oser affirmer ceci ? Au commencement Ă©tait la soif de Dieu pour l’humanitĂ©, et cette soif Ă©tait la rĂ©vĂ©lation de son amour prĂ©venant, son dĂ©sir de sauver l’homme, c’est-Ă -dire de le sortir de cette situation de prĂ©caritĂ© et d’esclavage dans laquelle le pĂ©chĂ© l’a soumis. JĂ©sus endure nos soifs pour que nous n’ayons soif que de Lui, eau vive et source jaillissante


Lorsque le psalmiste criera « mon Ăąme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3), il ne fera que l’écho de la soif prĂ©venante de Dieu pour Lui. De mĂȘme que Dieu nous a aimĂ©s le premier, de mĂȘme, le premier a eu soif de nous. La Samaritaine devient ainsi le symbole de la manifestation constante de la soif de Dieu pour nous.

Aux catĂ©chumĂšnes qui cheminent vers le baptĂȘme, JĂ©sus adresse le mĂȘme appel et la mĂȘme priĂšre : j’ai soif de toi ! L’Eglise invite les futurs baptisĂ©s, Ă  travers les trois scrutins successifs, Ă  entrer en dialogue avec JĂ©sus, Ă  se laisser atteindre par son regard d’amour, afin de dĂ©couvrir l’incommensurable don de Dieu qui les attend dans le bain baptismal. « J’ai soif » est pour eux une vibrante invitation Ă  redĂ©couvrir l’amour de Dieu qui s’ouvre dans son abaissement et qui atteint sa plus haute expression sur la croix. De Sa soif, le chrĂ©tien Ă©tanche sa soif !

AdressĂ© Ă  la Samaritaine comme aux catĂ©chumĂšnes, « donne-moi Ă  boire » est une priĂšre rĂ©vĂ©latrice de l’image de la fragilitĂ© profonde de Dieu qui dĂ©passe le simple dĂ©sir de dĂ©saltĂ©rer sa soif d’eau. A travers la demande de ce voyageur extĂ©nuĂ© par la fatigue, tenaillĂ© par la faim et la soif, Saint Jean met en lumiĂšre l’humanitĂ© de Dieu qui  n’exclut pas les contingences et les rĂ©alitĂ©s de toute vie humaine. DerriĂšre notre humanitĂ© que JĂ©sus assume et porte, se dessine une attente de Dieu : transformer nos soifs ! JĂ©sus n’a pas que soif d’eau, il se fait mendiant pour sortir la Samaritaine de la dĂ©pendance dans laquelle le pĂ©chĂ© l’a soumise. Pour les catĂ©chumĂšnes, la Samaritaine est le symbole d’un cheminement pascal oĂč s’effectue une transformation en profondeur, un passage radical
 DĂ©sormais, elle peut tout laisser, sa cruche d’eau qui est son unique richesse. Elle se met en route avec une autre soif, celle de partager avec les autres le don de Dieu dont elle est dĂ©sormais la messagĂšre. La Samaritaine inaugure le sacerdoce baptismal qui investit, par le fait mĂȘme, tous les baptisĂ©s Ă  la mission Ă©vangĂ©lisatrice. Le baptisĂ© qui a reçu le Christ ne peut que devenir son apĂŽtre zĂ©lĂ© !

Commentant cette rencontre de JĂ©sus avec la Samaritaine, Le Pape François dira : « JĂ©sus avait besoin de rencontrer la samaritaine pour lui ouvrir son cƓur. Il lui demande Ă  boire pour faire ressortir la soif qu’elle avait en elle-mĂȘme. Cette femme en est touchĂ©e et elle pose Ă  JĂ©sus les questions profondes qui nous habitent et que nous ignorons souvent. Nous nous posons nous aussi beaucoup de questions mais nous n’avons pas le courage de les adresser Ă  JĂ©sus ! »

Le temps de CarĂȘme est propice Ă  cet entretien seul Ă  seul avec JĂ©sus. C’est le temps pour un voyage Ă  l’intĂ©rieur de nous-mĂȘme, le temps d’un examen de conscience, qui, comme la Samaritaine, nous aidera Ă  exposer nos besoins spirituels les plus authentiques Ă  JĂ©sus et Ă  demander son secours. 

Dans cette optique, la paroisse propose Ă  tous baptisĂ©s ou catĂ©chumĂšnes, un temps d’entretien de cƓur Ă  cƓur avec JĂ©sus, sur un ThĂšme assez Ă©vocateur : « CarĂȘme, Printemps de la vie spirituelle ». L’annĂ©e de la diaconie ouverte dans notre paroisse nous donne l’occasion de redĂ©couvrir l’autre face de l’évangĂ©lisation qui est « le service de mon prochain », la charitĂ©, un pilier du CarĂȘme vĂ©cu en profondeur. Dieu se laisse toucher dans ses entrailles Ă  « chaque fois que vous l’avez fait Ă  l’un de ces plus petits qui sont mes frĂšres » (Mt 25,40)

 Reprenons la priÚre de la Samaritaine dont la vie a été totalement bouleversée au contact de celle de Jésus : « Jésus, donne-moi de cette eau qui étanchera éternellement ma soif ».

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé 

 

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Publié le 05 mars 2026