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Edito du curé – dimanche 3 mai 2026

lelien

« Je pars vous préparer une place ! »

 

Alors que s’approche l’heure où doit s’accomplir le dessein du salut par son offrande, le soir de Jeudi Saint, Jésus annonce son départ à ses disciples : « je pars vous préparer une place » ! « Partir », le mot a une connotation d’abandon, de trahison. La stupeur  gagne le cœur de ses disciples qui s’empressent d’assaillir leur Maître de questions assez brûlantes. Toutefois, rappelons que dès le chapitre 13, où Jésus annonce sa trahison par Judas, un des Apôtres qu’il a lui-même choisi, Saint Jean met un point d’honneur à présenter une série de révélations qui constituent d’ultimes recommandations de Jésus à ses disciples, en quelque sorte son testament spirituel : d’où il vient, où il va, ce qu’il est, ce qu’il est venu accomplir.

Et l’évangile de ce cinquième dimanche de Pâques fait partie de ce corpus de chapitres de St Jean (chap. 13 – 16) que les biblistes appellent « la venue de son Heure », l’accomplissement du projet de Dieu, le temps de révélation du visage de Dieu à travers la personne du Fils : « qui m’a vu a vu le Père » ! Intercalé entre le reniement de Pierre et la Promesse de l’envoi de l’Esprit-Saint, ce passage de St Jean déploie une haute réflexion théologique sur Jésus, son rapport avec celui qu’il appelle « son Père » et la destination ultime qui attend ses disciples et ceux qui croiront en Lui : « je pars vous préparer une place ». Paroles bouleversantes pour les disciples qui ont tout laissé pour le suivre, mais paroles rassurantes pour Jésus qui doit orienter la vie et le ministère de ses disciples vers le royaume qu’il va inaugurer, dans le mystère de la résurrection qu’il s’apprête à accomplir à partir des évènements tragiques de la Passion. Dans l’Evangile de St Jean, « la venue de son Heure » se précise inéluctablement avec une originalité qui décrit singulièrement les évènements de la vie de Jésus par rapport aux autres évangélistes. 

Chronologiquement, cette scène de l’évangile se produit avant l’événement de la croix. Logiquement, cette page d’évangile aurait dû nous être proposée pendant le carême, temps qui nous prépare à l’avènement de la croix. Objection pertinente ? En fait, la Sainte Liturgie ne suit ni une construction mentale ni une organisation chronologique des éléments de la vie de Jésus. L’originalité de St Jean réside dans le fait qu’il n’est pas un chroniqueur, mais un théologien qui médite les éléments de la vie de Jésus à partir d’un point central : la croix ! Cette dernière donne sens à sa résurrection et porte en elle tout le mystère de la rédemption. Tout l’Evangile de St Jean est donc construit et orienté vers ce point culminant. La Sainte Liturgie, essentiellement pascale, adopte cette trame. Son déploiement est une explicitation du mystère de Pâques à travers nos célébrations, image de la liturgie céleste !

Lu pendant le temps pascal, cet évangile n’est plus une préparation du cœur des disciples à traverser les tragiques évènements de la Passion, mais une intégration de la Croix comme un tout de l’unique mystère : le Passage. Pâques, c’est le mystère du passage, de la traversée : Pessa’h (en hébreux) est la fête de l’Exode, la fête du passage de l’esclavage en Egypte à la liberté dans la promesse de la Terre Promise. Cette traversée, « Pascha » en latin, n’est pas une marche touristique – comme on en connait de nos jours – mais une démarche, une metanoia, c’est-à-dire une transformation radicale. Le reste du peuple hébreux qui est sorti de cette longue marche de quarante ans a été renouvelé, transformé. De l’Exode nait un peuple nouveau ; du baptême naît un autre peuple nouveau, l’Eglise, Corps du Christ, peuple de la Nouvelle Alliance.

Ce Passage, Jésus, nouvel Israël, l’a accompli de manière unique et définitive sur le bois de la croix où il a traversé la mort pour entrer dans la Vie. Ce passage inaugure la Pâques chrétienne, à travers laquelle le Christ accomplit, en Lui, tout le processus de transformation : Il est le moyen c’est-à-dire le Chemin, « je suis la porte des brebis » (Jn 10,1) ; Il est la mission qui renvoie à la Vérité, « je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37) et enfin, Il est l’objectif qui correspond à la Vie, « je suis venu pour que les hommes aient la vie » (Jn 10, 10).

De la « Pessa’h », pâque des Hébreux, le Christ inaugure « la Pâques Nouvelle », non plus par le sang des taureaux, mais par son propre sang qui crie plus fort que celui d’Abel. Dans cette Pâques Nouvelle, le Christ, médiateur d’une Alliance Nouvelle (He 12,24), nous ouvre non seulement un passage de la mort à la vie, mais surtout il établit un pont qui nous conduit  de la vie de cette terre vers le royaume du ciel, où il nous précède en éclaireur, avec cette certitude : « je pars vous préparer une place ».

Donc, qu’il soit chronologiquement placé avant ou après l’évènement de la croix, ce passage d’évangile est, dans la disposition johannique, un texte pascal. La Sainte Liturgie le place ici comme un avant-gout de la Pâques éternelle dont la résurrection du Christ est déjà le gage et l’anticipation. Si le Christ est ressuscité, c’est pour être glorifié, être élevé dans la gloire du ciel ! Ce que Jésus s’apprête à accomplir n’est pas seulement pour sa glorification personnelle, mais pour celle de tout le corps constitué de ses disciples et tous ceux qui le deviendront ! La révélation de sa mission tient dans cette projection rassurante pour le chrétien: le départ annoncé change la tristesse en joie.

La liturgie de l’Eglise qui œuvre pour ce renouvellement, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, a une finalité, celle d’orienter les fidèles vers les réalités du ciel où tout s’achève et s’accomplit pleinement. Elle nous propose donc cet évangile douze jours avant l’Ascension qui couronne le mystère de Pâques, non plus comme une anticipation des évènements de la Passion, mais comme une orientation à donner à notre existence.  En lisant ce texte ce dimanche, nous sommes encore comme plongés dans une traversée qui continue, portés par une dynamique qui nous porte résolument vers un couronnement, vers un achèvement. La prière d’ouverture de ce dimanche explicite bien mes propos : « Dieu éternel et tout-puissant, continue d’accomplir en nous le mystère pascal ; soutiens et protège ceux que tu as voulu renouveler dans le bain du baptême : qu’ils portent beaucoup de fruits et parviennent aux joies de la vie éternelle ».

Le mystère de Pâques est une œuvre continuelle de Dieu dont la finalité est de faire entrer « dans les joies éternelles » ceux qui ont la grâce de faire le passage par le bain du baptême ! « Je pars vous préparer une place… » : ces paroles du Ressuscité éveillent notre conscience de disciples à nous tourner vers les réalités du ciel, là où « le Bon Pasteur, le Christ, est entré victorieux » ! Ressusciter, c’est prendre gracieusement sa place dans la maison du Père où notre Frère, le Christ, est entré victorieux !

 

Père Dieudonné MASSOMA, Curé

Publié le 30 avril 2026

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Edito du curé – dimanche 3 mai 2026

« Je pars vous préparer une place ! »

 

Alors que s’approche l’heure où doit s’accomplir le dessein du salut par son offrande, le soir de Jeudi Saint, Jésus annonce son départ à ses disciples : « je pars vous préparer une place » ! « Partir », le mot a une connotation d’abandon, de trahison. La stupeur  gagne le cœur de ses disciples qui s’empressent d’assaillir leur Maître de questions assez brûlantes. Toutefois, rappelons que dès le chapitre 13, où Jésus annonce sa trahison par Judas, un des Apôtres qu’il a lui-même choisi, Saint Jean met un point d’honneur à présenter une série de révélations qui constituent d’ultimes recommandations de Jésus à ses disciples, en quelque sorte son testament spirituel : d’où il vient, où il va, ce qu’il est, ce qu’il est venu accomplir.

Et l’évangile de ce cinquième dimanche de Pâques fait partie de ce corpus de chapitres de St Jean (chap. 13 – 16) que les biblistes appellent « la venue de son Heure », l’accomplissement du projet de Dieu, le temps de révélation du visage de Dieu à travers la personne du Fils : « qui m’a vu a vu le Père » ! Intercalé entre le reniement de Pierre et la Promesse de l’envoi de l’Esprit-Saint, ce passage de St Jean déploie une haute réflexion théologique sur Jésus, son rapport avec celui qu’il appelle « son Père » et la destination ultime qui attend ses disciples et ceux qui croiront en Lui : « je pars vous préparer une place ». Paroles bouleversantes pour les disciples qui ont tout laissé pour le suivre, mais paroles rassurantes pour Jésus qui doit orienter la vie et le ministère de ses disciples vers le royaume qu’il va inaugurer, dans le mystère de la résurrection qu’il s’apprête à accomplir à partir des évènements tragiques de la Passion. Dans l’Evangile de St Jean, « la venue de son Heure » se précise inéluctablement avec une originalité qui décrit singulièrement les évènements de la vie de Jésus par rapport aux autres évangélistes. 

Chronologiquement, cette scène de l’évangile se produit avant l’événement de la croix. Logiquement, cette page d’évangile aurait dû nous être proposée pendant le carême, temps qui nous prépare à l’avènement de la croix. Objection pertinente ? En fait, la Sainte Liturgie ne suit ni une construction mentale ni une organisation chronologique des éléments de la vie de Jésus. L’originalité de St Jean réside dans le fait qu’il n’est pas un chroniqueur, mais un théologien qui médite les éléments de la vie de Jésus à partir d’un point central : la croix ! Cette dernière donne sens à sa résurrection et porte en elle tout le mystère de la rédemption. Tout l’Evangile de St Jean est donc construit et orienté vers ce point culminant. La Sainte Liturgie, essentiellement pascale, adopte cette trame. Son déploiement est une explicitation du mystère de Pâques à travers nos célébrations, image de la liturgie céleste !

Lu pendant le temps pascal, cet évangile n’est plus une préparation du cœur des disciples à traverser les tragiques évènements de la Passion, mais une intégration de la Croix comme un tout de l’unique mystère : le Passage. Pâques, c’est le mystère du passage, de la traversée : Pessa’h (en hébreux) est la fête de l’Exode, la fête du passage de l’esclavage en Egypte à la liberté dans la promesse de la Terre Promise. Cette traversée, « Pascha » en latin, n’est pas une marche touristique – comme on en connait de nos jours – mais une démarche, une metanoia, c’est-à-dire une transformation radicale. Le reste du peuple hébreux qui est sorti de cette longue marche de quarante ans a été renouvelé, transformé. De l’Exode nait un peuple nouveau ; du baptême naît un autre peuple nouveau, l’Eglise, Corps du Christ, peuple de la Nouvelle Alliance.

Ce Passage, Jésus, nouvel Israël, l’a accompli de manière unique et définitive sur le bois de la croix où il a traversé la mort pour entrer dans la Vie. Ce passage inaugure la Pâques chrétienne, à travers laquelle le Christ accomplit, en Lui, tout le processus de transformation : Il est le moyen c’est-à-dire le Chemin, « je suis la porte des brebis » (Jn 10,1) ; Il est la mission qui renvoie à la Vérité, « je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37) et enfin, Il est l’objectif qui correspond à la Vie, « je suis venu pour que les hommes aient la vie » (Jn 10, 10).

De la « Pessa’h », pâque des Hébreux, le Christ inaugure « la Pâques Nouvelle », non plus par le sang des taureaux, mais par son propre sang qui crie plus fort que celui d’Abel. Dans cette Pâques Nouvelle, le Christ, médiateur d’une Alliance Nouvelle (He 12,24), nous ouvre non seulement un passage de la mort à la vie, mais surtout il établit un pont qui nous conduit  de la vie de cette terre vers le royaume du ciel, où il nous précède en éclaireur, avec cette certitude : « je pars vous préparer une place ».

Donc, qu’il soit chronologiquement placé avant ou après l’évènement de la croix, ce passage d’évangile est, dans la disposition johannique, un texte pascal. La Sainte Liturgie le place ici comme un avant-gout de la Pâques éternelle dont la résurrection du Christ est déjà le gage et l’anticipation. Si le Christ est ressuscité, c’est pour être glorifié, être élevé dans la gloire du ciel ! Ce que Jésus s’apprête à accomplir n’est pas seulement pour sa glorification personnelle, mais pour celle de tout le corps constitué de ses disciples et tous ceux qui le deviendront ! La révélation de sa mission tient dans cette projection rassurante pour le chrétien: le départ annoncé change la tristesse en joie.

La liturgie de l’Eglise qui œuvre pour ce renouvellement, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, a une finalité, celle d’orienter les fidèles vers les réalités du ciel où tout s’achève et s’accomplit pleinement. Elle nous propose donc cet évangile douze jours avant l’Ascension qui couronne le mystère de Pâques, non plus comme une anticipation des évènements de la Passion, mais comme une orientation à donner à notre existence.  En lisant ce texte ce dimanche, nous sommes encore comme plongés dans une traversée qui continue, portés par une dynamique qui nous porte résolument vers un couronnement, vers un achèvement. La prière d’ouverture de ce dimanche explicite bien mes propos : « Dieu éternel et tout-puissant, continue d’accomplir en nous le mystère pascal ; soutiens et protège ceux que tu as voulu renouveler dans le bain du baptême : qu’ils portent beaucoup de fruits et parviennent aux joies de la vie éternelle ».

Le mystère de Pâques est une œuvre continuelle de Dieu dont la finalité est de faire entrer « dans les joies éternelles » ceux qui ont la grâce de faire le passage par le bain du baptême ! « Je pars vous préparer une place… » : ces paroles du Ressuscité éveillent notre conscience de disciples à nous tourner vers les réalités du ciel, là où « le Bon Pasteur, le Christ, est entré victorieux » ! Ressusciter, c’est prendre gracieusement sa place dans la maison du Père où notre Frère, le Christ, est entré victorieux !

 

Père Dieudonné MASSOMA, Curé

Publié le 30 avril 2026

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Edito du curé – dimanche 3 mai 2026

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« Je pars vous préparer une place ! »

 

Alors que s’approche l’heure où doit s’accomplir le dessein du salut par son offrande, le soir de Jeudi Saint, Jésus annonce son départ à ses disciples : « je pars vous préparer une place » ! « Partir », le mot a une connotation d’abandon, de trahison. La stupeur  gagne le cœur de ses disciples qui s’empressent d’assaillir leur Maître de questions assez brûlantes. Toutefois, rappelons que dès le chapitre 13, où Jésus annonce sa trahison par Judas, un des Apôtres qu’il a lui-même choisi, Saint Jean met un point d’honneur à présenter une série de révélations qui constituent d’ultimes recommandations de Jésus à ses disciples, en quelque sorte son testament spirituel : d’où il vient, où il va, ce qu’il est, ce qu’il est venu accomplir.

Et l’évangile de ce cinquième dimanche de Pâques fait partie de ce corpus de chapitres de St Jean (chap. 13 – 16) que les biblistes appellent « la venue de son Heure », l’accomplissement du projet de Dieu, le temps de révélation du visage de Dieu à travers la personne du Fils : « qui m’a vu a vu le Père » ! Intercalé entre le reniement de Pierre et la Promesse de l’envoi de l’Esprit-Saint, ce passage de St Jean déploie une haute réflexion théologique sur Jésus, son rapport avec celui qu’il appelle « son Père » et la destination ultime qui attend ses disciples et ceux qui croiront en Lui : « je pars vous préparer une place ». Paroles bouleversantes pour les disciples qui ont tout laissé pour le suivre, mais paroles rassurantes pour Jésus qui doit orienter la vie et le ministère de ses disciples vers le royaume qu’il va inaugurer, dans le mystère de la résurrection qu’il s’apprête à accomplir à partir des évènements tragiques de la Passion. Dans l’Evangile de St Jean, « la venue de son Heure » se précise inéluctablement avec une originalité qui décrit singulièrement les évènements de la vie de Jésus par rapport aux autres évangélistes. 

Chronologiquement, cette scène de l’évangile se produit avant l’événement de la croix. Logiquement, cette page d’évangile aurait dû nous être proposée pendant le carême, temps qui nous prépare à l’avènement de la croix. Objection pertinente ? En fait, la Sainte Liturgie ne suit ni une construction mentale ni une organisation chronologique des éléments de la vie de Jésus. L’originalité de St Jean réside dans le fait qu’il n’est pas un chroniqueur, mais un théologien qui médite les éléments de la vie de Jésus à partir d’un point central : la croix ! Cette dernière donne sens à sa résurrection et porte en elle tout le mystère de la rédemption. Tout l’Evangile de St Jean est donc construit et orienté vers ce point culminant. La Sainte Liturgie, essentiellement pascale, adopte cette trame. Son déploiement est une explicitation du mystère de Pâques à travers nos célébrations, image de la liturgie céleste !

Lu pendant le temps pascal, cet évangile n’est plus une préparation du cœur des disciples à traverser les tragiques évènements de la Passion, mais une intégration de la Croix comme un tout de l’unique mystère : le Passage. Pâques, c’est le mystère du passage, de la traversée : Pessa’h (en hébreux) est la fête de l’Exode, la fête du passage de l’esclavage en Egypte à la liberté dans la promesse de la Terre Promise. Cette traversée, « Pascha » en latin, n’est pas une marche touristique – comme on en connait de nos jours – mais une démarche, une metanoia, c’est-à-dire une transformation radicale. Le reste du peuple hébreux qui est sorti de cette longue marche de quarante ans a été renouvelé, transformé. De l’Exode nait un peuple nouveau ; du baptême naît un autre peuple nouveau, l’Eglise, Corps du Christ, peuple de la Nouvelle Alliance.

Ce Passage, Jésus, nouvel Israël, l’a accompli de manière unique et définitive sur le bois de la croix où il a traversé la mort pour entrer dans la Vie. Ce passage inaugure la Pâques chrétienne, à travers laquelle le Christ accomplit, en Lui, tout le processus de transformation : Il est le moyen c’est-à-dire le Chemin, « je suis la porte des brebis » (Jn 10,1) ; Il est la mission qui renvoie à la Vérité, « je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37) et enfin, Il est l’objectif qui correspond à la Vie, « je suis venu pour que les hommes aient la vie » (Jn 10, 10).

De la « Pessa’h », pâque des Hébreux, le Christ inaugure « la Pâques Nouvelle », non plus par le sang des taureaux, mais par son propre sang qui crie plus fort que celui d’Abel. Dans cette Pâques Nouvelle, le Christ, médiateur d’une Alliance Nouvelle (He 12,24), nous ouvre non seulement un passage de la mort à la vie, mais surtout il établit un pont qui nous conduit  de la vie de cette terre vers le royaume du ciel, où il nous précède en éclaireur, avec cette certitude : « je pars vous préparer une place ».

Donc, qu’il soit chronologiquement placé avant ou après l’évènement de la croix, ce passage d’évangile est, dans la disposition johannique, un texte pascal. La Sainte Liturgie le place ici comme un avant-gout de la Pâques éternelle dont la résurrection du Christ est déjà le gage et l’anticipation. Si le Christ est ressuscité, c’est pour être glorifié, être élevé dans la gloire du ciel ! Ce que Jésus s’apprête à accomplir n’est pas seulement pour sa glorification personnelle, mais pour celle de tout le corps constitué de ses disciples et tous ceux qui le deviendront ! La révélation de sa mission tient dans cette projection rassurante pour le chrétien: le départ annoncé change la tristesse en joie.

La liturgie de l’Eglise qui œuvre pour ce renouvellement, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, a une finalité, celle d’orienter les fidèles vers les réalités du ciel où tout s’achève et s’accomplit pleinement. Elle nous propose donc cet évangile douze jours avant l’Ascension qui couronne le mystère de Pâques, non plus comme une anticipation des évènements de la Passion, mais comme une orientation à donner à notre existence.  En lisant ce texte ce dimanche, nous sommes encore comme plongés dans une traversée qui continue, portés par une dynamique qui nous porte résolument vers un couronnement, vers un achèvement. La prière d’ouverture de ce dimanche explicite bien mes propos : « Dieu éternel et tout-puissant, continue d’accomplir en nous le mystère pascal ; soutiens et protège ceux que tu as voulu renouveler dans le bain du baptême : qu’ils portent beaucoup de fruits et parviennent aux joies de la vie éternelle ».

Le mystère de Pâques est une œuvre continuelle de Dieu dont la finalité est de faire entrer « dans les joies éternelles » ceux qui ont la grâce de faire le passage par le bain du baptême ! « Je pars vous préparer une place… » : ces paroles du Ressuscité éveillent notre conscience de disciples à nous tourner vers les réalités du ciel, là où « le Bon Pasteur, le Christ, est entré victorieux » ! Ressusciter, c’est prendre gracieusement sa place dans la maison du Père où notre Frère, le Christ, est entré victorieux !

 

Père Dieudonné MASSOMA, Curé

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Publié le 30 avril 2026