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Edito du CurĂ© – dimanche 18 janvier 2026

lelien

« Ecce Agnus Dei
qui enlÚve le péché du monde » !

Cette expression qui meuble nos priĂšres et nos chants liturgiques est « une remarquable dĂ©couverte » de Jean, le Baptiste. « Ecce Agnus Dei » ne sort pas seulement JĂ©sus de l’anonymat, mais identifie le Messie, JĂ©sus-Christ, dans son rĂŽle de victime sacrificielle, destinĂ©e Ă  l’offrande pascale.

L’expression renvoie Ă  un fait mĂ©morable : la sortie d’Egypte, l’exode ! Dieu ordonna Ă  son peuple d’immoler « un agneau sans tare », de le manger au coucher du soleil et de marquer les linteaux des portes, signal contre la mort donnĂ©e par l’Ange exterminateur. Pour le peuple hĂ©breu, le sang de l’agneau est le symbole fort qui marquera Ă  jamais leur libĂ©ration de l’oppression Ă©gyptienne. GrĂące Ă  ce sang de l’agneau, les HĂ©breux sont « rachetĂ©s » de l’esclavage et ils sont devenus, une nation consacrĂ©e au Seigneur, « un royaume de prĂȘtres » (Exo 19,6) liĂ© Ă  Dieu par une Alliance.

La foule qui entoure le Baptiste, n’est pas constituĂ©e que de simples curieux. Elle comporte des gens qui sont habitĂ©s par cette tradition ancestrale dictĂ©e par Dieu : « ce jour-lĂ  sera pour vous un mĂ©morial
 C’est un dĂ©cret perpĂ©tuel d’ñge en Ăąge » (Ex 12, 1-8
)

J’ai envie de revoir les visages de ceux qui ont entendu ces paroles de Jean-Baptiste identifiant JĂ©sus comme « Agneau de Dieu », celui que leurs pĂšres ont mangĂ© la nuit de la sortie d’Egypte. Ces paroles rappellent un souvenir, le symbole de la libĂ©ration de leurs pĂšres. Dans la bouche du Baptiste, JĂ©sus incarne-t-il une libĂ©ration d’un genre nouveau ? De toutes les façons, ce dernier s’est mĂȘlĂ© parmi la multitude qui converge vers le dĂ©sert oĂč Jean, le Baptiste, a Ă©lu domicile. Toute sa vie, cette population a souvent commĂ©morĂ© la sortie d’Egypte en immolant l’agneau de la libĂ©ration, l’agneau du passage, l’agneau de la PĂąque


L’expression est bien chargĂ©e de sens pour ceux qui Ă©coutent le PrĂ©curseur. Elle est une catĂ©chĂšse pour les chrĂ©tiens, les hĂ©ritiers de la Nouvelle Alliance. En apostrophant JĂ©sus « Voici l’Agneau de Dieu », le regard de cette foule en attente s’oriente vers celui qui s’est fait l’un d’eux
 Il n’est pas Ă©tonnant de voir la promptitude avec laquelle les disciples de Jean Baptiste le quittent pour suivre celui qui a Ă©tĂ© identifiĂ© comme « Agneau de Dieu ». Ce dĂ©part sonne comme une dĂ©couverte, un dĂ©voilement d’une rĂ©alitĂ© longtemps attendue et qui est enfin sous leurs yeux. La suite du tĂ©moignage de Jean est assez Ă©loquente et aiguise la curiositĂ© languissante de cette foule : « Celui qui vient derriĂšre moi est passĂ© devant moi
, et moi, je rends tĂ©moignage, c’est lui le Fils de Dieu ». Ce tĂ©moignage sur JĂ©sus devrait nous pousser aussi Ă  un dĂ©collage soudain et radical
 Jean Baptiste tourne notre regard vers cet Homme, JĂ©sus ! Ce regard devient une contemplation, une adoration lorsque les fidĂšles, Ă  la messe, entendent ces mĂȘmes paroles prononcĂ©es par le prĂȘtre, agissant « in persona Christi », qui montre l’hostie consacrĂ©e : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlĂšve les pĂ©chĂ©s du monde ». L’Agneau s’immole vĂ©ritablement dans l’hostie !

Cet Agneau de Dieu qui s’accomplit dans l’hostie s’insĂšre dans une longue tradition oĂč l’image de l’agneau est bien connue. JĂ©rĂ©mie identifiait dĂ©jĂ  « le Serviteur de Yahweh », comme un agneau qu’on amĂšne Ă  l’abattoir (Jr 11, 2), sans dire un mot (Is 57,7). A travers cette image de l’agneau, JĂ©rĂ©mie et IsaĂŻe soulignent l’humilitĂ© et la rĂ©signation du « Serviteur de Yahweh », figure emblĂ©matique du destin de JĂ©sus-Christ. Son silence devant le SanhĂ©drin (Mt 26,63) et devant Pilate « il ne dit aucun mot » (Jn 19,6) coĂŻncide avec le destin de cet agneau conduit par les tondeurs.

Jean-Baptiste se rĂ©fĂšre Ă  cette image sĂ©culaire de l’agneau dans l’imaginaire hĂ©braĂŻque pour identifier JĂ©sus. Ce dernier assume le destin et l’hĂ©ritage du Peuple de l’Alliance. Et selon Jean, l’évangĂ©liste, JĂ©sus meurt la veille de la fĂȘte des Azymes (Jn 18,28), la PĂąque juive.

A la suite du PrĂ©curseur, toute la tradition chrĂ©tienne a vu en JĂ©sus, le « vĂ©ritable Agneau pascal » (PrĂ©face de la messe de PĂąques), celui qui porte le destin de l’humanitĂ© et surtout celui de l’Eglise, peuple de la Nouvelle Alliance. La lettre aux HĂ©breux prĂ©sente JĂ©sus comme « mĂ©diateur d’une Alliance Nouvelle » et celui dont « le sang parle mieux que celui d’Abel » (Hb 12,24). JĂ©sus incarne l’image de l’Agneau de l’Ancienne Alliance, le dĂ©passe et le conduit Ă  sa perfection.

« Ecce Agnus Dei » est plus qu’une simple dĂ©signation, il rĂ©vĂšle la mission rĂ©demptrice de ce JĂ©sus qui entre en scĂšne, et la planifie.

Comme prĂ©curseur, Jean-Baptiste a prĂ©parĂ© le peuple Ă  accueillir le Messie. Sa figure nous a Ă©tĂ© familiĂšre pendant tout le temps de l’Avent. Aujourd’hui, l’homme Ă  la langue acĂ©rĂ©e et aux vĂȘtements de peaux de bĂȘtes clĂŽt le cycle de NoĂ«l et ouvre le cycle du temps ordinaire. Il dĂ©signe celui qu’il a annoncĂ©. Son gĂ©nie de prophĂšte puise dans l’imaginaire du peuple de la promesse pour prĂ©senter celui qui se mĂȘle Ă  cette foule accrochĂ©e Ă  ses lĂšvres : « Ecce Agnus Dei » ! C’est cet Agneau que les fidĂšles adorent, contemplent dans l’hostie Ă©levĂ©e et qui nourrit nos Ăąmes.

L’Apocalypse de St Jean Ă©tablit un paradoxe saisissant entre d’une part l’humiliation de l’Agneau, sa faiblesse et d’autre part sa puissance, qui lui confĂšrent l’exaltation dans le ciel (Ap 5,9). Ce paradoxe rejoint l’itinĂ©raire chrĂ©tien qui doit s’efforcer de suivre les pas du Christ-Agneau qui partage notre quotidien et se donne en nourriture de rĂ©confort dans notre marche vers le banquet Ă©ternel. Avec cet Agneau-vainqueur du Mal, parcourons cette nouvelle annĂ©e avec ses incertitudes, mais confiants dans notre proche libĂ©ration inaugurĂ©e par ce JĂ©sus qui entre en scĂšne. Il ne nous mĂšne pas seulement Ă  la Victoire, Mais il est notre Victoire
, car « chaque fois qu’est cĂ©lĂ©brĂ© ce sacrifice en mĂ©morial, c’est l’Ɠuvre de notre rĂ©demption qui s’accomplit. » (PriĂšre sur les offrandes)

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé

Publié le 15 janvier 2026

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Edito du CurĂ© – dimanche 18 janvier 2026

« Ecce Agnus Dei
qui enlÚve le péché du monde » !

Cette expression qui meuble nos priĂšres et nos chants liturgiques est « une remarquable dĂ©couverte » de Jean, le Baptiste. « Ecce Agnus Dei » ne sort pas seulement JĂ©sus de l’anonymat, mais identifie le Messie, JĂ©sus-Christ, dans son rĂŽle de victime sacrificielle, destinĂ©e Ă  l’offrande pascale.

L’expression renvoie Ă  un fait mĂ©morable : la sortie d’Egypte, l’exode ! Dieu ordonna Ă  son peuple d’immoler « un agneau sans tare », de le manger au coucher du soleil et de marquer les linteaux des portes, signal contre la mort donnĂ©e par l’Ange exterminateur. Pour le peuple hĂ©breu, le sang de l’agneau est le symbole fort qui marquera Ă  jamais leur libĂ©ration de l’oppression Ă©gyptienne. GrĂące Ă  ce sang de l’agneau, les HĂ©breux sont « rachetĂ©s » de l’esclavage et ils sont devenus, une nation consacrĂ©e au Seigneur, « un royaume de prĂȘtres » (Exo 19,6) liĂ© Ă  Dieu par une Alliance.

La foule qui entoure le Baptiste, n’est pas constituĂ©e que de simples curieux. Elle comporte des gens qui sont habitĂ©s par cette tradition ancestrale dictĂ©e par Dieu : « ce jour-lĂ  sera pour vous un mĂ©morial
 C’est un dĂ©cret perpĂ©tuel d’ñge en Ăąge » (Ex 12, 1-8
)

J’ai envie de revoir les visages de ceux qui ont entendu ces paroles de Jean-Baptiste identifiant JĂ©sus comme « Agneau de Dieu », celui que leurs pĂšres ont mangĂ© la nuit de la sortie d’Egypte. Ces paroles rappellent un souvenir, le symbole de la libĂ©ration de leurs pĂšres. Dans la bouche du Baptiste, JĂ©sus incarne-t-il une libĂ©ration d’un genre nouveau ? De toutes les façons, ce dernier s’est mĂȘlĂ© parmi la multitude qui converge vers le dĂ©sert oĂč Jean, le Baptiste, a Ă©lu domicile. Toute sa vie, cette population a souvent commĂ©morĂ© la sortie d’Egypte en immolant l’agneau de la libĂ©ration, l’agneau du passage, l’agneau de la PĂąque


L’expression est bien chargĂ©e de sens pour ceux qui Ă©coutent le PrĂ©curseur. Elle est une catĂ©chĂšse pour les chrĂ©tiens, les hĂ©ritiers de la Nouvelle Alliance. En apostrophant JĂ©sus « Voici l’Agneau de Dieu », le regard de cette foule en attente s’oriente vers celui qui s’est fait l’un d’eux
 Il n’est pas Ă©tonnant de voir la promptitude avec laquelle les disciples de Jean Baptiste le quittent pour suivre celui qui a Ă©tĂ© identifiĂ© comme « Agneau de Dieu ». Ce dĂ©part sonne comme une dĂ©couverte, un dĂ©voilement d’une rĂ©alitĂ© longtemps attendue et qui est enfin sous leurs yeux. La suite du tĂ©moignage de Jean est assez Ă©loquente et aiguise la curiositĂ© languissante de cette foule : « Celui qui vient derriĂšre moi est passĂ© devant moi
, et moi, je rends tĂ©moignage, c’est lui le Fils de Dieu ». Ce tĂ©moignage sur JĂ©sus devrait nous pousser aussi Ă  un dĂ©collage soudain et radical
 Jean Baptiste tourne notre regard vers cet Homme, JĂ©sus ! Ce regard devient une contemplation, une adoration lorsque les fidĂšles, Ă  la messe, entendent ces mĂȘmes paroles prononcĂ©es par le prĂȘtre, agissant « in persona Christi », qui montre l’hostie consacrĂ©e : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlĂšve les pĂ©chĂ©s du monde ». L’Agneau s’immole vĂ©ritablement dans l’hostie !

Cet Agneau de Dieu qui s’accomplit dans l’hostie s’insĂšre dans une longue tradition oĂč l’image de l’agneau est bien connue. JĂ©rĂ©mie identifiait dĂ©jĂ  « le Serviteur de Yahweh », comme un agneau qu’on amĂšne Ă  l’abattoir (Jr 11, 2), sans dire un mot (Is 57,7). A travers cette image de l’agneau, JĂ©rĂ©mie et IsaĂŻe soulignent l’humilitĂ© et la rĂ©signation du « Serviteur de Yahweh », figure emblĂ©matique du destin de JĂ©sus-Christ. Son silence devant le SanhĂ©drin (Mt 26,63) et devant Pilate « il ne dit aucun mot » (Jn 19,6) coĂŻncide avec le destin de cet agneau conduit par les tondeurs.

Jean-Baptiste se rĂ©fĂšre Ă  cette image sĂ©culaire de l’agneau dans l’imaginaire hĂ©braĂŻque pour identifier JĂ©sus. Ce dernier assume le destin et l’hĂ©ritage du Peuple de l’Alliance. Et selon Jean, l’évangĂ©liste, JĂ©sus meurt la veille de la fĂȘte des Azymes (Jn 18,28), la PĂąque juive.

A la suite du PrĂ©curseur, toute la tradition chrĂ©tienne a vu en JĂ©sus, le « vĂ©ritable Agneau pascal » (PrĂ©face de la messe de PĂąques), celui qui porte le destin de l’humanitĂ© et surtout celui de l’Eglise, peuple de la Nouvelle Alliance. La lettre aux HĂ©breux prĂ©sente JĂ©sus comme « mĂ©diateur d’une Alliance Nouvelle » et celui dont « le sang parle mieux que celui d’Abel » (Hb 12,24). JĂ©sus incarne l’image de l’Agneau de l’Ancienne Alliance, le dĂ©passe et le conduit Ă  sa perfection.

« Ecce Agnus Dei » est plus qu’une simple dĂ©signation, il rĂ©vĂšle la mission rĂ©demptrice de ce JĂ©sus qui entre en scĂšne, et la planifie.

Comme prĂ©curseur, Jean-Baptiste a prĂ©parĂ© le peuple Ă  accueillir le Messie. Sa figure nous a Ă©tĂ© familiĂšre pendant tout le temps de l’Avent. Aujourd’hui, l’homme Ă  la langue acĂ©rĂ©e et aux vĂȘtements de peaux de bĂȘtes clĂŽt le cycle de NoĂ«l et ouvre le cycle du temps ordinaire. Il dĂ©signe celui qu’il a annoncĂ©. Son gĂ©nie de prophĂšte puise dans l’imaginaire du peuple de la promesse pour prĂ©senter celui qui se mĂȘle Ă  cette foule accrochĂ©e Ă  ses lĂšvres : « Ecce Agnus Dei » ! C’est cet Agneau que les fidĂšles adorent, contemplent dans l’hostie Ă©levĂ©e et qui nourrit nos Ăąmes.

L’Apocalypse de St Jean Ă©tablit un paradoxe saisissant entre d’une part l’humiliation de l’Agneau, sa faiblesse et d’autre part sa puissance, qui lui confĂšrent l’exaltation dans le ciel (Ap 5,9). Ce paradoxe rejoint l’itinĂ©raire chrĂ©tien qui doit s’efforcer de suivre les pas du Christ-Agneau qui partage notre quotidien et se donne en nourriture de rĂ©confort dans notre marche vers le banquet Ă©ternel. Avec cet Agneau-vainqueur du Mal, parcourons cette nouvelle annĂ©e avec ses incertitudes, mais confiants dans notre proche libĂ©ration inaugurĂ©e par ce JĂ©sus qui entre en scĂšne. Il ne nous mĂšne pas seulement Ă  la Victoire, Mais il est notre Victoire
, car « chaque fois qu’est cĂ©lĂ©brĂ© ce sacrifice en mĂ©morial, c’est l’Ɠuvre de notre rĂ©demption qui s’accomplit. » (PriĂšre sur les offrandes)

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé

Publié le 15 janvier 2026

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Edito du CurĂ© – dimanche 18 janvier 2026

lelien

« Ecce Agnus Dei
qui enlÚve le péché du monde » !

Cette expression qui meuble nos priĂšres et nos chants liturgiques est « une remarquable dĂ©couverte » de Jean, le Baptiste. « Ecce Agnus Dei » ne sort pas seulement JĂ©sus de l’anonymat, mais identifie le Messie, JĂ©sus-Christ, dans son rĂŽle de victime sacrificielle, destinĂ©e Ă  l’offrande pascale.

L’expression renvoie Ă  un fait mĂ©morable : la sortie d’Egypte, l’exode ! Dieu ordonna Ă  son peuple d’immoler « un agneau sans tare », de le manger au coucher du soleil et de marquer les linteaux des portes, signal contre la mort donnĂ©e par l’Ange exterminateur. Pour le peuple hĂ©breu, le sang de l’agneau est le symbole fort qui marquera Ă  jamais leur libĂ©ration de l’oppression Ă©gyptienne. GrĂące Ă  ce sang de l’agneau, les HĂ©breux sont « rachetĂ©s » de l’esclavage et ils sont devenus, une nation consacrĂ©e au Seigneur, « un royaume de prĂȘtres » (Exo 19,6) liĂ© Ă  Dieu par une Alliance.

La foule qui entoure le Baptiste, n’est pas constituĂ©e que de simples curieux. Elle comporte des gens qui sont habitĂ©s par cette tradition ancestrale dictĂ©e par Dieu : « ce jour-lĂ  sera pour vous un mĂ©morial
 C’est un dĂ©cret perpĂ©tuel d’ñge en Ăąge » (Ex 12, 1-8
)

J’ai envie de revoir les visages de ceux qui ont entendu ces paroles de Jean-Baptiste identifiant JĂ©sus comme « Agneau de Dieu », celui que leurs pĂšres ont mangĂ© la nuit de la sortie d’Egypte. Ces paroles rappellent un souvenir, le symbole de la libĂ©ration de leurs pĂšres. Dans la bouche du Baptiste, JĂ©sus incarne-t-il une libĂ©ration d’un genre nouveau ? De toutes les façons, ce dernier s’est mĂȘlĂ© parmi la multitude qui converge vers le dĂ©sert oĂč Jean, le Baptiste, a Ă©lu domicile. Toute sa vie, cette population a souvent commĂ©morĂ© la sortie d’Egypte en immolant l’agneau de la libĂ©ration, l’agneau du passage, l’agneau de la PĂąque


L’expression est bien chargĂ©e de sens pour ceux qui Ă©coutent le PrĂ©curseur. Elle est une catĂ©chĂšse pour les chrĂ©tiens, les hĂ©ritiers de la Nouvelle Alliance. En apostrophant JĂ©sus « Voici l’Agneau de Dieu », le regard de cette foule en attente s’oriente vers celui qui s’est fait l’un d’eux
 Il n’est pas Ă©tonnant de voir la promptitude avec laquelle les disciples de Jean Baptiste le quittent pour suivre celui qui a Ă©tĂ© identifiĂ© comme « Agneau de Dieu ». Ce dĂ©part sonne comme une dĂ©couverte, un dĂ©voilement d’une rĂ©alitĂ© longtemps attendue et qui est enfin sous leurs yeux. La suite du tĂ©moignage de Jean est assez Ă©loquente et aiguise la curiositĂ© languissante de cette foule : « Celui qui vient derriĂšre moi est passĂ© devant moi
, et moi, je rends tĂ©moignage, c’est lui le Fils de Dieu ». Ce tĂ©moignage sur JĂ©sus devrait nous pousser aussi Ă  un dĂ©collage soudain et radical
 Jean Baptiste tourne notre regard vers cet Homme, JĂ©sus ! Ce regard devient une contemplation, une adoration lorsque les fidĂšles, Ă  la messe, entendent ces mĂȘmes paroles prononcĂ©es par le prĂȘtre, agissant « in persona Christi », qui montre l’hostie consacrĂ©e : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlĂšve les pĂ©chĂ©s du monde ». L’Agneau s’immole vĂ©ritablement dans l’hostie !

Cet Agneau de Dieu qui s’accomplit dans l’hostie s’insĂšre dans une longue tradition oĂč l’image de l’agneau est bien connue. JĂ©rĂ©mie identifiait dĂ©jĂ  « le Serviteur de Yahweh », comme un agneau qu’on amĂšne Ă  l’abattoir (Jr 11, 2), sans dire un mot (Is 57,7). A travers cette image de l’agneau, JĂ©rĂ©mie et IsaĂŻe soulignent l’humilitĂ© et la rĂ©signation du « Serviteur de Yahweh », figure emblĂ©matique du destin de JĂ©sus-Christ. Son silence devant le SanhĂ©drin (Mt 26,63) et devant Pilate « il ne dit aucun mot » (Jn 19,6) coĂŻncide avec le destin de cet agneau conduit par les tondeurs.

Jean-Baptiste se rĂ©fĂšre Ă  cette image sĂ©culaire de l’agneau dans l’imaginaire hĂ©braĂŻque pour identifier JĂ©sus. Ce dernier assume le destin et l’hĂ©ritage du Peuple de l’Alliance. Et selon Jean, l’évangĂ©liste, JĂ©sus meurt la veille de la fĂȘte des Azymes (Jn 18,28), la PĂąque juive.

A la suite du PrĂ©curseur, toute la tradition chrĂ©tienne a vu en JĂ©sus, le « vĂ©ritable Agneau pascal » (PrĂ©face de la messe de PĂąques), celui qui porte le destin de l’humanitĂ© et surtout celui de l’Eglise, peuple de la Nouvelle Alliance. La lettre aux HĂ©breux prĂ©sente JĂ©sus comme « mĂ©diateur d’une Alliance Nouvelle » et celui dont « le sang parle mieux que celui d’Abel » (Hb 12,24). JĂ©sus incarne l’image de l’Agneau de l’Ancienne Alliance, le dĂ©passe et le conduit Ă  sa perfection.

« Ecce Agnus Dei » est plus qu’une simple dĂ©signation, il rĂ©vĂšle la mission rĂ©demptrice de ce JĂ©sus qui entre en scĂšne, et la planifie.

Comme prĂ©curseur, Jean-Baptiste a prĂ©parĂ© le peuple Ă  accueillir le Messie. Sa figure nous a Ă©tĂ© familiĂšre pendant tout le temps de l’Avent. Aujourd’hui, l’homme Ă  la langue acĂ©rĂ©e et aux vĂȘtements de peaux de bĂȘtes clĂŽt le cycle de NoĂ«l et ouvre le cycle du temps ordinaire. Il dĂ©signe celui qu’il a annoncĂ©. Son gĂ©nie de prophĂšte puise dans l’imaginaire du peuple de la promesse pour prĂ©senter celui qui se mĂȘle Ă  cette foule accrochĂ©e Ă  ses lĂšvres : « Ecce Agnus Dei » ! C’est cet Agneau que les fidĂšles adorent, contemplent dans l’hostie Ă©levĂ©e et qui nourrit nos Ăąmes.

L’Apocalypse de St Jean Ă©tablit un paradoxe saisissant entre d’une part l’humiliation de l’Agneau, sa faiblesse et d’autre part sa puissance, qui lui confĂšrent l’exaltation dans le ciel (Ap 5,9). Ce paradoxe rejoint l’itinĂ©raire chrĂ©tien qui doit s’efforcer de suivre les pas du Christ-Agneau qui partage notre quotidien et se donne en nourriture de rĂ©confort dans notre marche vers le banquet Ă©ternel. Avec cet Agneau-vainqueur du Mal, parcourons cette nouvelle annĂ©e avec ses incertitudes, mais confiants dans notre proche libĂ©ration inaugurĂ©e par ce JĂ©sus qui entre en scĂšne. Il ne nous mĂšne pas seulement Ă  la Victoire, Mais il est notre Victoire
, car « chaque fois qu’est cĂ©lĂ©brĂ© ce sacrifice en mĂ©morial, c’est l’Ɠuvre de notre rĂ©demption qui s’accomplit. » (PriĂšre sur les offrandes)

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé

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Publié le 15 janvier 2026