Edito du CurĂ© – dimanche 12 octobre 2025

lelien

 

« Kyrie Eleison »

Ces mots nous sont si familiers Ă  l’ouverture de chaque cĂ©lĂ©bration eucharistique ! Et la liturgie romaine, puisant dans la traduction grecque de la Bible, a gardĂ© prĂ©cieusement cette expression riche, comme un trĂ©sor tirĂ© directement de l’Evangile ! Rappelons qu’avant d’ĂȘtre l’ñme et la vie de l’Eglise, la Sainte Liturgie a d’abord un fondement biblique. Elle n’est pas seulement un ordonnancement de rites et d’attitudes Ă©laborĂ© sous la vigilance du MagistĂšre, mais une Tradition biblique sĂ©culaire qui se prolonge dans nos cĂ©lĂ©brations liturgiques. La Sainte Liturgie puise sa sĂšve dans la Bible et dans la Tradition pour alimenter toute la vie de l’Eglise et de ses fidĂšles au long des Ăąges et Ă  travers les peuples qui la cĂ©lĂšbrent.

Ainsi, « Kyrie Eleison » est dĂ©jĂ  le cri du Psalmiste (Ps 6,3), celui de la CananĂ©enne (Mt 15,22), des deux aveugles mendiants de la lumiĂšre (Mt 20,30) et celui des dix lĂ©preux de ce dimanche qui demandent la misĂ©ricorde de JĂ©sus : « JĂ©sus, MaĂźtre, prends pitiĂ© de nous ». GardĂ© dans son socle grec, « Kyrie Eleison » signifie « Seigneur, prends pitiĂ© » ou « Seigneur, aie pitiĂ© » ou « Miserere mei Domine », traduction officielle de l’Eglise !

Dans la cĂ©lĂ©bration eucharistique, ce cri du cƓur vient juste aprĂšs le rite de la prĂ©paration pĂ©nitentielle. Le Kyrie Eleison n’est pas tant une priĂšre de supplication qu’un chant de reconnaissance et d’acclamation qui introduit au chant du Gloria, hymne des Anges, qui le suit immĂ©diatement. Le Missel romain insiste d’ailleurs sur cette double signification en ces termes : « puisque le Kyrie est un chant par lequel les fidĂšles acclament le Seigneur et implorent sa misĂ©ricorde, il est habituellement accompli par tous » (prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Missel Romain N°30).

Acclamer et implorer le Seigneur, tel est le sens de la priĂšre de nos dix lĂ©preux en ce dimanche. Ils ont initiĂ© une dĂ©marche auprĂšs de JĂ©sus, Maitre et Sauveur, que les fidĂšles reprennent en chƓur dans la priĂšre liturgique pour « communier » Ă  la toute-puissance de Dieu qui implique vĂ©ritablement sa misĂ©ricorde. Faut-il le rappeler ? La toute-puissance de Dieu clamĂ©e dans nos chants se rĂ©vĂšle « quand il patiente et prend pitiĂ© » (La collecte du 26Ăšme Dim TO annĂ©e C). C’est avec notre lĂšpre (le pĂ©chĂ©) que nous acclamons sa toute-puissante, et c’est notre lĂšpre (nos fragilitĂ©s) que nous offrons Ă  sa misĂ©ricorde.

Plus que le cri en lui-mĂȘme, Kyrie Eleison, c’est plutĂŽt le lanceur de ce cri – un Ă©tranger, un samaritain – qui interroge et donne sens Ă  cette demande. Au dĂ©part dix lĂ©preux lancent le mĂȘme cri vers JĂ©sus, mais un seul va au bout de ce cri : il implore avec les autres et, lui, va retourner rendre grĂące pour ce qu’il a reçu ! Il accomplit ainsi le double sens du chant du Kyrie. Dans le chant du Kyrie Ă  la messe, il ne s’agit pas seulement d’implorer, de supplier
, mais il s’agit plutĂŽt de supplier et de rendre grĂące, d’implorer et d’acclamer. Les deux attitudes ou mieux les deux expressions s’imbriquent dans la priĂšre du Kyrie Eleison devenue chant liturgique pour les chrĂ©tiens. DerriĂšre le chant du Kyrie au dĂ©but de la messe se profile alors le portrait de celui qui « implore et acclame » ! Seul « un Ă©tranger », un samaritain peut sentir la profondeur et la magnanimitĂ© de ce qu’il reçoit. Ce qu’il obtient est par pure gratuitĂ© de Celui qui donne non par proximitĂ© « naturelle » ou gĂ©ographique !

Dans une AssemblĂ©e liturgique, le chrĂ©tien est un vĂ©ritable « Ă©tranger », un hĂŽte lointain convoquĂ© par Dieu pour prendre place Ă  sa table. Par sa parole et par son pain, Dieu se fait l’hĂŽte intĂ©rieur qui stimule, par son Esprit-Saint, nos cƓurs Ă  sa rencontre. Ainsi toute priĂšre qui se veut liturgique, notamment la messe Ă  laquelle nous prenons part rĂ©guliĂšrement, se dĂ©roule entre imploration et action de grĂące.

Dans les textes de ce dimanche, le Syrien Naaman est un Ă©tranger pour le Dieu du prophĂšte ElisĂ©e (IĂšre Lect.), tout comme le samaritain de l’Evangile est Ă©tranger pour JĂ©sus
 Le chrĂ©tien, lui aussi, s’éloigne souvent de JĂ©sus Ă  travers ses multiples lĂšpres non physiques, mais spirituelles. La question que je me pose est la suivante : quel est cet Ă©loignement qui rend si proches de la foi en JĂ©sus ceux qui ne le connaissent pas ou se sont rendus Ă©trangers ? Autant notre lĂšpre nous Ă©loigne de Lui, autant notre demande sincĂšre de son secours nous rapproche de Lui. Le PĂ©chĂ© Ă©loigne le chrĂ©tien du champ de l’amour de Dieu, la reconnaissance et l’aveu de son pĂ©chĂ© le rĂ©tablissent fermement dans son amour. La guĂ©rison de ces deux Ă©trangers trace un itinĂ©raire pour chacun de nous : Dieu, en JĂ©sus et par le ministĂšre de son Eglise, ne cesse pas d’agir pour nous faire retrouver notre dignitĂ© originelle, celle créée « Ă  son image et Ă  sa ressemblance » !

Ce qui est un plus pour « cet Ă©tranger » comme pour nous, chrĂ©tiens, ce n’est pas tant la demande de misĂ©ricorde au Seigneur, mais notre foi qui sous-tend cette demande : « va, ta foi t’a sauvĂ© » ! A noter que les dix lĂ©preux ont tous Ă©tĂ© guĂ©ris, mais qu’un seul a Ă©tĂ© sauvĂ© ! Dieu peut vraiment nous guĂ©rir, exaucer notre priĂšre
 Mais Il ne peut nous sauver sans nous, c’est-Ă -dire, sans notre reconnaissance explicite de son amour (sans verser dans le pĂ©lagianisme oĂč on pense obtenir le salut au bout de notre effort, certes non !). La foi reste donc l’unique rĂ©ponse humaine Ă  la fidĂ©litĂ© de Dieu qui nous convoque, elle dilate les frontiĂšres d’IsraĂ«l, peuple Ă©lu, pour faire retentir son appel dans tous les cƓurs disposĂ©s ! Saint Paul le dira, comme un enseignement solide, Ă  son disciple TimothĂ©e : « si nous manquons de foi, Dieu reste fidĂšle Ă  sa Parole, car il ne peut se rejeter lui-mĂȘme » (2Ăšme Lect.). La Foi est un remĂšde pour notre guĂ©rison globale : Ăąme et corps, physique et spirituelle


FidĂ©litĂ© (Foi) Ă  la Parole de Dieu ? Marie est pour nous la figure de la fidĂ©litĂ© parfaite et exemplaire ! A l’Annonciation, Marie nous a ouvert le chemin d’une foi confiante. Sa confiance en Dieu l’a conduite Ă  aimer sans

rĂ©serve, Ă  une fidĂ©litĂ© totale et Ă  une oblation complĂšte de sa vie : « je suis la servante du Seigneur » ! Au cours de ce mois d’octobre dĂ©diĂ© Ă  la priĂšre du rosaire, l’Eglise nous invite Ă  nous associer Ă  la priĂšre de Marie, celle qu’elle Ă©lĂšve Ă  Cana, « ils n’ont plus de vin », et celle qu’elle prolonge silencieusement au pied de la croix de son Fils, source de guĂ©rison et de salut !

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé

Publié le 09 octobre 2025

Edito du CurĂ© – dimanche 12 octobre 2025

 

« Kyrie Eleison »

Ces mots nous sont si familiers Ă  l’ouverture de chaque cĂ©lĂ©bration eucharistique ! Et la liturgie romaine, puisant dans la traduction grecque de la Bible, a gardĂ© prĂ©cieusement cette expression riche, comme un trĂ©sor tirĂ© directement de l’Evangile ! Rappelons qu’avant d’ĂȘtre l’ñme et la vie de l’Eglise, la Sainte Liturgie a d’abord un fondement biblique. Elle n’est pas seulement un ordonnancement de rites et d’attitudes Ă©laborĂ© sous la vigilance du MagistĂšre, mais une Tradition biblique sĂ©culaire qui se prolonge dans nos cĂ©lĂ©brations liturgiques. La Sainte Liturgie puise sa sĂšve dans la Bible et dans la Tradition pour alimenter toute la vie de l’Eglise et de ses fidĂšles au long des Ăąges et Ă  travers les peuples qui la cĂ©lĂšbrent.

Ainsi, « Kyrie Eleison » est dĂ©jĂ  le cri du Psalmiste (Ps 6,3), celui de la CananĂ©enne (Mt 15,22), des deux aveugles mendiants de la lumiĂšre (Mt 20,30) et celui des dix lĂ©preux de ce dimanche qui demandent la misĂ©ricorde de JĂ©sus : « JĂ©sus, MaĂźtre, prends pitiĂ© de nous ». GardĂ© dans son socle grec, « Kyrie Eleison » signifie « Seigneur, prends pitiĂ© » ou « Seigneur, aie pitiĂ© » ou « Miserere mei Domine », traduction officielle de l’Eglise !

Dans la cĂ©lĂ©bration eucharistique, ce cri du cƓur vient juste aprĂšs le rite de la prĂ©paration pĂ©nitentielle. Le Kyrie Eleison n’est pas tant une priĂšre de supplication qu’un chant de reconnaissance et d’acclamation qui introduit au chant du Gloria, hymne des Anges, qui le suit immĂ©diatement. Le Missel romain insiste d’ailleurs sur cette double signification en ces termes : « puisque le Kyrie est un chant par lequel les fidĂšles acclament le Seigneur et implorent sa misĂ©ricorde, il est habituellement accompli par tous » (prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Missel Romain N°30).

Acclamer et implorer le Seigneur, tel est le sens de la priĂšre de nos dix lĂ©preux en ce dimanche. Ils ont initiĂ© une dĂ©marche auprĂšs de JĂ©sus, Maitre et Sauveur, que les fidĂšles reprennent en chƓur dans la priĂšre liturgique pour « communier » Ă  la toute-puissance de Dieu qui implique vĂ©ritablement sa misĂ©ricorde. Faut-il le rappeler ? La toute-puissance de Dieu clamĂ©e dans nos chants se rĂ©vĂšle « quand il patiente et prend pitiĂ© » (La collecte du 26Ăšme Dim TO annĂ©e C). C’est avec notre lĂšpre (le pĂ©chĂ©) que nous acclamons sa toute-puissante, et c’est notre lĂšpre (nos fragilitĂ©s) que nous offrons Ă  sa misĂ©ricorde.

Plus que le cri en lui-mĂȘme, Kyrie Eleison, c’est plutĂŽt le lanceur de ce cri – un Ă©tranger, un samaritain – qui interroge et donne sens Ă  cette demande. Au dĂ©part dix lĂ©preux lancent le mĂȘme cri vers JĂ©sus, mais un seul va au bout de ce cri : il implore avec les autres et, lui, va retourner rendre grĂące pour ce qu’il a reçu ! Il accomplit ainsi le double sens du chant du Kyrie. Dans le chant du Kyrie Ă  la messe, il ne s’agit pas seulement d’implorer, de supplier
, mais il s’agit plutĂŽt de supplier et de rendre grĂące, d’implorer et d’acclamer. Les deux attitudes ou mieux les deux expressions s’imbriquent dans la priĂšre du Kyrie Eleison devenue chant liturgique pour les chrĂ©tiens. DerriĂšre le chant du Kyrie au dĂ©but de la messe se profile alors le portrait de celui qui « implore et acclame » ! Seul « un Ă©tranger », un samaritain peut sentir la profondeur et la magnanimitĂ© de ce qu’il reçoit. Ce qu’il obtient est par pure gratuitĂ© de Celui qui donne non par proximitĂ© « naturelle » ou gĂ©ographique !

Dans une AssemblĂ©e liturgique, le chrĂ©tien est un vĂ©ritable « Ă©tranger », un hĂŽte lointain convoquĂ© par Dieu pour prendre place Ă  sa table. Par sa parole et par son pain, Dieu se fait l’hĂŽte intĂ©rieur qui stimule, par son Esprit-Saint, nos cƓurs Ă  sa rencontre. Ainsi toute priĂšre qui se veut liturgique, notamment la messe Ă  laquelle nous prenons part rĂ©guliĂšrement, se dĂ©roule entre imploration et action de grĂące.

Dans les textes de ce dimanche, le Syrien Naaman est un Ă©tranger pour le Dieu du prophĂšte ElisĂ©e (IĂšre Lect.), tout comme le samaritain de l’Evangile est Ă©tranger pour JĂ©sus
 Le chrĂ©tien, lui aussi, s’éloigne souvent de JĂ©sus Ă  travers ses multiples lĂšpres non physiques, mais spirituelles. La question que je me pose est la suivante : quel est cet Ă©loignement qui rend si proches de la foi en JĂ©sus ceux qui ne le connaissent pas ou se sont rendus Ă©trangers ? Autant notre lĂšpre nous Ă©loigne de Lui, autant notre demande sincĂšre de son secours nous rapproche de Lui. Le PĂ©chĂ© Ă©loigne le chrĂ©tien du champ de l’amour de Dieu, la reconnaissance et l’aveu de son pĂ©chĂ© le rĂ©tablissent fermement dans son amour. La guĂ©rison de ces deux Ă©trangers trace un itinĂ©raire pour chacun de nous : Dieu, en JĂ©sus et par le ministĂšre de son Eglise, ne cesse pas d’agir pour nous faire retrouver notre dignitĂ© originelle, celle créée « Ă  son image et Ă  sa ressemblance » !

Ce qui est un plus pour « cet Ă©tranger » comme pour nous, chrĂ©tiens, ce n’est pas tant la demande de misĂ©ricorde au Seigneur, mais notre foi qui sous-tend cette demande : « va, ta foi t’a sauvĂ© » ! A noter que les dix lĂ©preux ont tous Ă©tĂ© guĂ©ris, mais qu’un seul a Ă©tĂ© sauvĂ© ! Dieu peut vraiment nous guĂ©rir, exaucer notre priĂšre
 Mais Il ne peut nous sauver sans nous, c’est-Ă -dire, sans notre reconnaissance explicite de son amour (sans verser dans le pĂ©lagianisme oĂč on pense obtenir le salut au bout de notre effort, certes non !). La foi reste donc l’unique rĂ©ponse humaine Ă  la fidĂ©litĂ© de Dieu qui nous convoque, elle dilate les frontiĂšres d’IsraĂ«l, peuple Ă©lu, pour faire retentir son appel dans tous les cƓurs disposĂ©s ! Saint Paul le dira, comme un enseignement solide, Ă  son disciple TimothĂ©e : « si nous manquons de foi, Dieu reste fidĂšle Ă  sa Parole, car il ne peut se rejeter lui-mĂȘme » (2Ăšme Lect.). La Foi est un remĂšde pour notre guĂ©rison globale : Ăąme et corps, physique et spirituelle


FidĂ©litĂ© (Foi) Ă  la Parole de Dieu ? Marie est pour nous la figure de la fidĂ©litĂ© parfaite et exemplaire ! A l’Annonciation, Marie nous a ouvert le chemin d’une foi confiante. Sa confiance en Dieu l’a conduite Ă  aimer sans

rĂ©serve, Ă  une fidĂ©litĂ© totale et Ă  une oblation complĂšte de sa vie : « je suis la servante du Seigneur » ! Au cours de ce mois d’octobre dĂ©diĂ© Ă  la priĂšre du rosaire, l’Eglise nous invite Ă  nous associer Ă  la priĂšre de Marie, celle qu’elle Ă©lĂšve Ă  Cana, « ils n’ont plus de vin », et celle qu’elle prolonge silencieusement au pied de la croix de son Fils, source de guĂ©rison et de salut !

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé

Publié le 09 octobre 2025

Edito du CurĂ© – dimanche 12 octobre 2025

lelien

 

« Kyrie Eleison »

Ces mots nous sont si familiers Ă  l’ouverture de chaque cĂ©lĂ©bration eucharistique ! Et la liturgie romaine, puisant dans la traduction grecque de la Bible, a gardĂ© prĂ©cieusement cette expression riche, comme un trĂ©sor tirĂ© directement de l’Evangile ! Rappelons qu’avant d’ĂȘtre l’ñme et la vie de l’Eglise, la Sainte Liturgie a d’abord un fondement biblique. Elle n’est pas seulement un ordonnancement de rites et d’attitudes Ă©laborĂ© sous la vigilance du MagistĂšre, mais une Tradition biblique sĂ©culaire qui se prolonge dans nos cĂ©lĂ©brations liturgiques. La Sainte Liturgie puise sa sĂšve dans la Bible et dans la Tradition pour alimenter toute la vie de l’Eglise et de ses fidĂšles au long des Ăąges et Ă  travers les peuples qui la cĂ©lĂšbrent.

Ainsi, « Kyrie Eleison » est dĂ©jĂ  le cri du Psalmiste (Ps 6,3), celui de la CananĂ©enne (Mt 15,22), des deux aveugles mendiants de la lumiĂšre (Mt 20,30) et celui des dix lĂ©preux de ce dimanche qui demandent la misĂ©ricorde de JĂ©sus : « JĂ©sus, MaĂźtre, prends pitiĂ© de nous ». GardĂ© dans son socle grec, « Kyrie Eleison » signifie « Seigneur, prends pitiĂ© » ou « Seigneur, aie pitiĂ© » ou « Miserere mei Domine », traduction officielle de l’Eglise !

Dans la cĂ©lĂ©bration eucharistique, ce cri du cƓur vient juste aprĂšs le rite de la prĂ©paration pĂ©nitentielle. Le Kyrie Eleison n’est pas tant une priĂšre de supplication qu’un chant de reconnaissance et d’acclamation qui introduit au chant du Gloria, hymne des Anges, qui le suit immĂ©diatement. Le Missel romain insiste d’ailleurs sur cette double signification en ces termes : « puisque le Kyrie est un chant par lequel les fidĂšles acclament le Seigneur et implorent sa misĂ©ricorde, il est habituellement accompli par tous » (prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du Missel Romain N°30).

Acclamer et implorer le Seigneur, tel est le sens de la priĂšre de nos dix lĂ©preux en ce dimanche. Ils ont initiĂ© une dĂ©marche auprĂšs de JĂ©sus, Maitre et Sauveur, que les fidĂšles reprennent en chƓur dans la priĂšre liturgique pour « communier » Ă  la toute-puissance de Dieu qui implique vĂ©ritablement sa misĂ©ricorde. Faut-il le rappeler ? La toute-puissance de Dieu clamĂ©e dans nos chants se rĂ©vĂšle « quand il patiente et prend pitiĂ© » (La collecte du 26Ăšme Dim TO annĂ©e C). C’est avec notre lĂšpre (le pĂ©chĂ©) que nous acclamons sa toute-puissante, et c’est notre lĂšpre (nos fragilitĂ©s) que nous offrons Ă  sa misĂ©ricorde.

Plus que le cri en lui-mĂȘme, Kyrie Eleison, c’est plutĂŽt le lanceur de ce cri – un Ă©tranger, un samaritain – qui interroge et donne sens Ă  cette demande. Au dĂ©part dix lĂ©preux lancent le mĂȘme cri vers JĂ©sus, mais un seul va au bout de ce cri : il implore avec les autres et, lui, va retourner rendre grĂące pour ce qu’il a reçu ! Il accomplit ainsi le double sens du chant du Kyrie. Dans le chant du Kyrie Ă  la messe, il ne s’agit pas seulement d’implorer, de supplier
, mais il s’agit plutĂŽt de supplier et de rendre grĂące, d’implorer et d’acclamer. Les deux attitudes ou mieux les deux expressions s’imbriquent dans la priĂšre du Kyrie Eleison devenue chant liturgique pour les chrĂ©tiens. DerriĂšre le chant du Kyrie au dĂ©but de la messe se profile alors le portrait de celui qui « implore et acclame » ! Seul « un Ă©tranger », un samaritain peut sentir la profondeur et la magnanimitĂ© de ce qu’il reçoit. Ce qu’il obtient est par pure gratuitĂ© de Celui qui donne non par proximitĂ© « naturelle » ou gĂ©ographique !

Dans une AssemblĂ©e liturgique, le chrĂ©tien est un vĂ©ritable « Ă©tranger », un hĂŽte lointain convoquĂ© par Dieu pour prendre place Ă  sa table. Par sa parole et par son pain, Dieu se fait l’hĂŽte intĂ©rieur qui stimule, par son Esprit-Saint, nos cƓurs Ă  sa rencontre. Ainsi toute priĂšre qui se veut liturgique, notamment la messe Ă  laquelle nous prenons part rĂ©guliĂšrement, se dĂ©roule entre imploration et action de grĂące.

Dans les textes de ce dimanche, le Syrien Naaman est un Ă©tranger pour le Dieu du prophĂšte ElisĂ©e (IĂšre Lect.), tout comme le samaritain de l’Evangile est Ă©tranger pour JĂ©sus
 Le chrĂ©tien, lui aussi, s’éloigne souvent de JĂ©sus Ă  travers ses multiples lĂšpres non physiques, mais spirituelles. La question que je me pose est la suivante : quel est cet Ă©loignement qui rend si proches de la foi en JĂ©sus ceux qui ne le connaissent pas ou se sont rendus Ă©trangers ? Autant notre lĂšpre nous Ă©loigne de Lui, autant notre demande sincĂšre de son secours nous rapproche de Lui. Le PĂ©chĂ© Ă©loigne le chrĂ©tien du champ de l’amour de Dieu, la reconnaissance et l’aveu de son pĂ©chĂ© le rĂ©tablissent fermement dans son amour. La guĂ©rison de ces deux Ă©trangers trace un itinĂ©raire pour chacun de nous : Dieu, en JĂ©sus et par le ministĂšre de son Eglise, ne cesse pas d’agir pour nous faire retrouver notre dignitĂ© originelle, celle créée « Ă  son image et Ă  sa ressemblance » !

Ce qui est un plus pour « cet Ă©tranger » comme pour nous, chrĂ©tiens, ce n’est pas tant la demande de misĂ©ricorde au Seigneur, mais notre foi qui sous-tend cette demande : « va, ta foi t’a sauvĂ© » ! A noter que les dix lĂ©preux ont tous Ă©tĂ© guĂ©ris, mais qu’un seul a Ă©tĂ© sauvĂ© ! Dieu peut vraiment nous guĂ©rir, exaucer notre priĂšre
 Mais Il ne peut nous sauver sans nous, c’est-Ă -dire, sans notre reconnaissance explicite de son amour (sans verser dans le pĂ©lagianisme oĂč on pense obtenir le salut au bout de notre effort, certes non !). La foi reste donc l’unique rĂ©ponse humaine Ă  la fidĂ©litĂ© de Dieu qui nous convoque, elle dilate les frontiĂšres d’IsraĂ«l, peuple Ă©lu, pour faire retentir son appel dans tous les cƓurs disposĂ©s ! Saint Paul le dira, comme un enseignement solide, Ă  son disciple TimothĂ©e : « si nous manquons de foi, Dieu reste fidĂšle Ă  sa Parole, car il ne peut se rejeter lui-mĂȘme » (2Ăšme Lect.). La Foi est un remĂšde pour notre guĂ©rison globale : Ăąme et corps, physique et spirituelle


FidĂ©litĂ© (Foi) Ă  la Parole de Dieu ? Marie est pour nous la figure de la fidĂ©litĂ© parfaite et exemplaire ! A l’Annonciation, Marie nous a ouvert le chemin d’une foi confiante. Sa confiance en Dieu l’a conduite Ă  aimer sans

rĂ©serve, Ă  une fidĂ©litĂ© totale et Ă  une oblation complĂšte de sa vie : « je suis la servante du Seigneur » ! Au cours de ce mois d’octobre dĂ©diĂ© Ă  la priĂšre du rosaire, l’Eglise nous invite Ă  nous associer Ă  la priĂšre de Marie, celle qu’elle Ă©lĂšve Ă  Cana, « ils n’ont plus de vin », et celle qu’elle prolonge silencieusement au pied de la croix de son Fils, source de guĂ©rison et de salut !

 

PÚre Dieudonné MASSOMA, Curé

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Publié le 09 octobre 2025