Edito du curé – dimanche 11 octobre 2026
Répondre à l’appel et y correspondre…
Ainsi pourrait-on résumer cette parabole ambiguë du festin des noces. Une parabole à deux volets antagonistes : l’invitation à la noce d’un côté et le renvoi de l’homme sans habit de noce de l’autre. Ici, tout est question de code et de décodage. Depuis trois dimanches successifs la liturgie ne nous propose que des passages d’évangile en parabole. Rappelons que la parabole est un genre littéraire bien utilisé au temps de Jésus et dans son aire culturelle. C’est un discours qui consiste à faire une comparaison à travers un récit narratif dont les éléments sont puisés dans un milieu culturel bien précis et permettant de rendre intelligibles et plus accessibles les concepts doctrinaux qui sont loin du quotidien des auditeurs. Aujourd’hui, on parlerait d’un genre allégorique !
Dans cette parabole, Jésus compare le Royaume des Cieux à un Festin des Noces. Le concept inintelligible, c’est le Royaume des Cieux et ce qui est tiré de la vie quotidienne, c’est la fête du mariage, les destinataires (auditeurs), ce sont les grands prêtres et les pharisiens. Si comparaison n’est pas toujours raison, celle-ci a l’audace de nous donner la clé de lecture d’une réalité jusque-là totalement hors de portée. Avec cette image des noces, on peut mettre et émettre une idée sur « le Royaume des Cieux » : il est comparable à un père qui célèbre les Noce de son fils. Dieu appelle les hommes à vivre en communion avec Lui et à partager sa joie. L’ambiguïté de cette parabole est là ! Elle veut nous faire comprendre la nature du Royaume des Cieux…, comment Dieu invite les hommes sans exception à entrer dans ce Royaume…, comment il s’y prend…, comment il procède…, quelles sont les résistances des invités … A défaut de comprendre totalement « le Royaume des Cieux », nous avons droit à une image concrète, précise et tirée du quotidien. Elle nous aide à intégrer quelques aspects de l’imaginaire de ce Royaume, une réalité lointaine et pourtant si proche.
Festin, Noces…, ce sont des images récurrentes dans la Bible. Elles font ressortir la dimension de la joie des retrouvailles entre Dieu et l’humanité. Isaïe utilise volontiers l’image d’un festin grandiose pour définir et décrire le projet éternel de Dieu. Un projet qui consiste à unir l’humanité pacifiée et renouvelée en la faisant participer au banquet, à sa table. Et ce projet, son Fils Jésus, ne vient pas seulement l’annoncer, mais le réaliser et l’accomplir.
En m’appuyant sur cette page de l’Evangile, je voudrais, avec vous, relire la carte d’invitation de Dieu :
Le Banquet est l’image de l’Eglise.
Pour les pères de l’Eglise, la parabole du père qui appelle les invités aux noces de son fils renvoie à l’Eglise dont la mission principale est de rassembler les fidèles autour du Christ, maître des noces célestes : « Heureux les invités aux festins des Noces de l’Agneau » lance le prêtre invitant à la table eucharistique. Voilà une invitation renouvelée à chaque messe qui est adressée à tous et à chacun. Mais la réponse est personnelle et libre. En lisant cette page d’évangile, on ne peut ne pas se poser cette question : Dieu aurait-il préféré lancer son invitation d’abord à un carré de personnes ? Certainement oui !!! La raison et les motifs lui appartiennent. Qui sommes-nous pour sonder les intentions de Dieu ? Seulement, sa pédagogie ne cesse de nous surprendre !
L’échec des premières invitations ne décourage pas Dieu. Il invite, dans un second temps, plus largement « méchants et bons ». L’Eglise, communauté des appelés, n’est pas d’abord constituée de « purs » ni de « parfaits » au sens moral et spirituel du terme. Elle est, selon Saint Augustin, « un corpus permixtum », un corps mélangé. Bon ou mauvais…, digne ou indigne…, pur ou impur…, toutes ces étiquettes relèvent parfois de notre catégorisation humaine. La seule chose qui compte pour être accepté à la table de Dieu, c’est répondre favorablement à son appel et revêtir le vêtement de noces, habit que les pères de l’Eglise considèrent comme le vêtement blanc du baptême.
Ainsi pour les Pères, tout le monde est appelé à faire partie de l’Eglise, bons et mauvais, et pour en faire partie, il faudrait passer par le bain baptismal où notre renouvellement intérieur est symbolisé par la vêture de l’habit blanc ! A la sortie du baptistère le fils prodigue revêt sa dignité de fils et le banquet est en son honneur !
L’Eglise, reflet du banquet éternel.
L’Eglise, Corps mystique du Christ, est considérée d’une part comme une réalité visible, sa face structurelle, et d’autre part comme une réalité invisible, son sommet vers lequel tout le corps tend et s’accomplit. C’est dire que l’enjeu majeur et déterminant ne serait pas la participation au banquet eucharistique – celle à laquelle l’Eglise visible invite tous les fidèles – mais au banquet éternel, celui-là que Dieu lui-même prépare pour nous dans son royaume. Que ce banquet éternel soit comparé aux noces, c’est déjà une révélation importante. Comparé aux noces, le royaume des Cieux prend, dans notre imaginaire, les allures de retrouvailles festives où la joie d’être accueillis en présence de Dieu, réunis autour de sa table, nous confère la plénitude de communion avec Lui. C’est notre heureuse et ultime destination ! Reste à se poser la question : comment accéder à cette joie extraordinaire qui est présence de Dieu et quelles sont les conditions pour en faire partie ?
Avoir la tenue de noce ?
C’est à dessein que je m’interroge. Car l’habit de noce exigé à ce pauvre malheureux – un SDF, un sans domicile fixe, pour emprunter une expression actuelle – pris de cours dans son sommeil est un problème difficile à comprendre et à défendre dans l’attitude du maître. Ce dernier, après avoir été déçu par ses invités du pré carré, s’insurge contre ce SDF et le renvoie manu militari parce qu’il ne porte pas l’habit de noces. Humiliation ? Injustice ? illogique ? les mots manqueraient pour qualifier ce geste indécent du maître. Si c’était pour le mettre dehors, le maître aurait mieux fait de le laisser là où il avait prévu de passer la nuit sous ses couvertures de fortune. L’objection a toute sa place et j’imagine que beaucoup d’allusions ont été avancées pour expliquer l’attitude de ce roi dont les noces risquent d’avorter faute d’invités.
Relisons le texte lui-même pour une esquisse de compréhension ! En effet, le maître voit l’hôte sans vêtement de noces, se rapprocher de lui et lui pose la question : « mon ami, pourquoi n’as-tu pas de vêtement de noces ? » Cette question est sans agressivité et sans condescendance. La tonalité douce de la phrase tient compte de la personne qui est devant lui. De plus, le roi l’appelle « mon ami », ce qui crée de la sympathie et de l’affection. Et le texte dit qu’il ne répondit rien. Le silence est sa seule réponse et elle me semble être la cause de son refoulement dehors et non pas le manque de vêtement digne. La foi se professe explicitement… le pardon se demande expressément… l’indignité n’est pas une damnation. Et nous le savons, la reconnaissance explicite de notre indignité est la condition de notre accès à la table du Seigneur. A l’invitation du prêtre pendant la messe, le fidèle, malgré sa déchéance, répond toujours fièrement : « Seigneur, je ne suis pas digne ; mais dis seulement une parole et mon âme sera guérie » ! La gravité de la faute pour notre hôte sans habit, c’est son silence culpabilisant. La culpabilité morbide nous éloigne radicalement du champ de la grâce de Dieu, nous enferme dans notre péché, nous coupe du cordon de la miséricorde de Dieu et de ses faveurs. Saint Jean ne nous rappelle-t-il pas : « même quand votre cœur vous condamne, Dieu est plus grand que votre cœur » (1 Jn 3,20)
Pourquoi ce SDF n’a-t-il pas imploré l’indulgence de ce roi, surtout qu’il est invité ? L’habit de noce qui lui fait défaut, ce n’est certainement pas une tenue vestimentaire décente, mais l’enfermement dans sa pauvreté, le défaut de reconnaissance et de confession de son indignité.
Dieu nous demande-t-il d’être digne et donc sans péché, pour nous appeler à Lui ? Ne nous appelle-t-il pas pour prendre sur Lui notre pauvreté et nous enrichir de sa dignité de Dieu ? Refuser de répondre à cette question qui nous renvoie à la profession de notre indignité nous coupe de Dieu et altère les nouvelles relations établies par son Fils Jésus. Car, avec son sang versé sur la croix, Il nous a tous revêtus du manteau de l’innocence qui nous dispose à prendre place à ce banquet éternel.
Seigneur, que ta grâce nous devance toujours, pour nous disposer à répondre à ton appel et surtout à y correspondre.
Père Dieudonné MASSOMA, Curé
Publié le 10 octobre 2026
Edito du curé – dimanche 11 octobre 2026
Répondre à l’appel et y correspondre…
Ainsi pourrait-on résumer cette parabole ambiguë du festin des noces. Une parabole à deux volets antagonistes : l’invitation à la noce d’un côté et le renvoi de l’homme sans habit de noce de l’autre. Ici, tout est question de code et de décodage. Depuis trois dimanches successifs la liturgie ne nous propose que des passages d’évangile en parabole. Rappelons que la parabole est un genre littéraire bien utilisé au temps de Jésus et dans son aire culturelle. C’est un discours qui consiste à faire une comparaison à travers un récit narratif dont les éléments sont puisés dans un milieu culturel bien précis et permettant de rendre intelligibles et plus accessibles les concepts doctrinaux qui sont loin du quotidien des auditeurs. Aujourd’hui, on parlerait d’un genre allégorique !
Dans cette parabole, Jésus compare le Royaume des Cieux à un Festin des Noces. Le concept inintelligible, c’est le Royaume des Cieux et ce qui est tiré de la vie quotidienne, c’est la fête du mariage, les destinataires (auditeurs), ce sont les grands prêtres et les pharisiens. Si comparaison n’est pas toujours raison, celle-ci a l’audace de nous donner la clé de lecture d’une réalité jusque-là totalement hors de portée. Avec cette image des noces, on peut mettre et émettre une idée sur « le Royaume des Cieux » : il est comparable à un père qui célèbre les Noce de son fils. Dieu appelle les hommes à vivre en communion avec Lui et à partager sa joie. L’ambiguïté de cette parabole est là ! Elle veut nous faire comprendre la nature du Royaume des Cieux…, comment Dieu invite les hommes sans exception à entrer dans ce Royaume…, comment il s’y prend…, comment il procède…, quelles sont les résistances des invités … A défaut de comprendre totalement « le Royaume des Cieux », nous avons droit à une image concrète, précise et tirée du quotidien. Elle nous aide à intégrer quelques aspects de l’imaginaire de ce Royaume, une réalité lointaine et pourtant si proche.
Festin, Noces…, ce sont des images récurrentes dans la Bible. Elles font ressortir la dimension de la joie des retrouvailles entre Dieu et l’humanité. Isaïe utilise volontiers l’image d’un festin grandiose pour définir et décrire le projet éternel de Dieu. Un projet qui consiste à unir l’humanité pacifiée et renouvelée en la faisant participer au banquet, à sa table. Et ce projet, son Fils Jésus, ne vient pas seulement l’annoncer, mais le réaliser et l’accomplir.
En m’appuyant sur cette page de l’Evangile, je voudrais, avec vous, relire la carte d’invitation de Dieu :
Le Banquet est l’image de l’Eglise.
Pour les pères de l’Eglise, la parabole du père qui appelle les invités aux noces de son fils renvoie à l’Eglise dont la mission principale est de rassembler les fidèles autour du Christ, maître des noces célestes : « Heureux les invités aux festins des Noces de l’Agneau » lance le prêtre invitant à la table eucharistique. Voilà une invitation renouvelée à chaque messe qui est adressée à tous et à chacun. Mais la réponse est personnelle et libre. En lisant cette page d’évangile, on ne peut ne pas se poser cette question : Dieu aurait-il préféré lancer son invitation d’abord à un carré de personnes ? Certainement oui !!! La raison et les motifs lui appartiennent. Qui sommes-nous pour sonder les intentions de Dieu ? Seulement, sa pédagogie ne cesse de nous surprendre !
L’échec des premières invitations ne décourage pas Dieu. Il invite, dans un second temps, plus largement « méchants et bons ». L’Eglise, communauté des appelés, n’est pas d’abord constituée de « purs » ni de « parfaits » au sens moral et spirituel du terme. Elle est, selon Saint Augustin, « un corpus permixtum », un corps mélangé. Bon ou mauvais…, digne ou indigne…, pur ou impur…, toutes ces étiquettes relèvent parfois de notre catégorisation humaine. La seule chose qui compte pour être accepté à la table de Dieu, c’est répondre favorablement à son appel et revêtir le vêtement de noces, habit que les pères de l’Eglise considèrent comme le vêtement blanc du baptême.
Ainsi pour les Pères, tout le monde est appelé à faire partie de l’Eglise, bons et mauvais, et pour en faire partie, il faudrait passer par le bain baptismal où notre renouvellement intérieur est symbolisé par la vêture de l’habit blanc ! A la sortie du baptistère le fils prodigue revêt sa dignité de fils et le banquet est en son honneur !
L’Eglise, reflet du banquet éternel.
L’Eglise, Corps mystique du Christ, est considérée d’une part comme une réalité visible, sa face structurelle, et d’autre part comme une réalité invisible, son sommet vers lequel tout le corps tend et s’accomplit. C’est dire que l’enjeu majeur et déterminant ne serait pas la participation au banquet eucharistique – celle à laquelle l’Eglise visible invite tous les fidèles – mais au banquet éternel, celui-là que Dieu lui-même prépare pour nous dans son royaume. Que ce banquet éternel soit comparé aux noces, c’est déjà une révélation importante. Comparé aux noces, le royaume des Cieux prend, dans notre imaginaire, les allures de retrouvailles festives où la joie d’être accueillis en présence de Dieu, réunis autour de sa table, nous confère la plénitude de communion avec Lui. C’est notre heureuse et ultime destination ! Reste à se poser la question : comment accéder à cette joie extraordinaire qui est présence de Dieu et quelles sont les conditions pour en faire partie ?
Avoir la tenue de noce ?
C’est à dessein que je m’interroge. Car l’habit de noce exigé à ce pauvre malheureux – un SDF, un sans domicile fixe, pour emprunter une expression actuelle – pris de cours dans son sommeil est un problème difficile à comprendre et à défendre dans l’attitude du maître. Ce dernier, après avoir été déçu par ses invités du pré carré, s’insurge contre ce SDF et le renvoie manu militari parce qu’il ne porte pas l’habit de noces. Humiliation ? Injustice ? illogique ? les mots manqueraient pour qualifier ce geste indécent du maître. Si c’était pour le mettre dehors, le maître aurait mieux fait de le laisser là où il avait prévu de passer la nuit sous ses couvertures de fortune. L’objection a toute sa place et j’imagine que beaucoup d’allusions ont été avancées pour expliquer l’attitude de ce roi dont les noces risquent d’avorter faute d’invités.
Relisons le texte lui-même pour une esquisse de compréhension ! En effet, le maître voit l’hôte sans vêtement de noces, se rapprocher de lui et lui pose la question : « mon ami, pourquoi n’as-tu pas de vêtement de noces ? » Cette question est sans agressivité et sans condescendance. La tonalité douce de la phrase tient compte de la personne qui est devant lui. De plus, le roi l’appelle « mon ami », ce qui crée de la sympathie et de l’affection. Et le texte dit qu’il ne répondit rien. Le silence est sa seule réponse et elle me semble être la cause de son refoulement dehors et non pas le manque de vêtement digne. La foi se professe explicitement… le pardon se demande expressément… l’indignité n’est pas une damnation. Et nous le savons, la reconnaissance explicite de notre indignité est la condition de notre accès à la table du Seigneur. A l’invitation du prêtre pendant la messe, le fidèle, malgré sa déchéance, répond toujours fièrement : « Seigneur, je ne suis pas digne ; mais dis seulement une parole et mon âme sera guérie » ! La gravité de la faute pour notre hôte sans habit, c’est son silence culpabilisant. La culpabilité morbide nous éloigne radicalement du champ de la grâce de Dieu, nous enferme dans notre péché, nous coupe du cordon de la miséricorde de Dieu et de ses faveurs. Saint Jean ne nous rappelle-t-il pas : « même quand votre cœur vous condamne, Dieu est plus grand que votre cœur » (1 Jn 3,20)
Pourquoi ce SDF n’a-t-il pas imploré l’indulgence de ce roi, surtout qu’il est invité ? L’habit de noce qui lui fait défaut, ce n’est certainement pas une tenue vestimentaire décente, mais l’enfermement dans sa pauvreté, le défaut de reconnaissance et de confession de son indignité.
Dieu nous demande-t-il d’être digne et donc sans péché, pour nous appeler à Lui ? Ne nous appelle-t-il pas pour prendre sur Lui notre pauvreté et nous enrichir de sa dignité de Dieu ? Refuser de répondre à cette question qui nous renvoie à la profession de notre indignité nous coupe de Dieu et altère les nouvelles relations établies par son Fils Jésus. Car, avec son sang versé sur la croix, Il nous a tous revêtus du manteau de l’innocence qui nous dispose à prendre place à ce banquet éternel.
Seigneur, que ta grâce nous devance toujours, pour nous disposer à répondre à ton appel et surtout à y correspondre.
Père Dieudonné MASSOMA, Curé
Publié le 10 octobre 2026
Edito du curé – dimanche 11 octobre 2026
Répondre à l’appel et y correspondre…
Ainsi pourrait-on résumer cette parabole ambiguë du festin des noces. Une parabole à deux volets antagonistes : l’invitation à la noce d’un côté et le renvoi de l’homme sans habit de noce de l’autre. Ici, tout est question de code et de décodage. Depuis trois dimanches successifs la liturgie ne nous propose que des passages d’évangile en parabole. Rappelons que la parabole est un genre littéraire bien utilisé au temps de Jésus et dans son aire culturelle. C’est un discours qui consiste à faire une comparaison à travers un récit narratif dont les éléments sont puisés dans un milieu culturel bien précis et permettant de rendre intelligibles et plus accessibles les concepts doctrinaux qui sont loin du quotidien des auditeurs. Aujourd’hui, on parlerait d’un genre allégorique !
Dans cette parabole, Jésus compare le Royaume des Cieux à un Festin des Noces. Le concept inintelligible, c’est le Royaume des Cieux et ce qui est tiré de la vie quotidienne, c’est la fête du mariage, les destinataires (auditeurs), ce sont les grands prêtres et les pharisiens. Si comparaison n’est pas toujours raison, celle-ci a l’audace de nous donner la clé de lecture d’une réalité jusque-là totalement hors de portée. Avec cette image des noces, on peut mettre et émettre une idée sur « le Royaume des Cieux » : il est comparable à un père qui célèbre les Noce de son fils. Dieu appelle les hommes à vivre en communion avec Lui et à partager sa joie. L’ambiguïté de cette parabole est là ! Elle veut nous faire comprendre la nature du Royaume des Cieux…, comment Dieu invite les hommes sans exception à entrer dans ce Royaume…, comment il s’y prend…, comment il procède…, quelles sont les résistances des invités … A défaut de comprendre totalement « le Royaume des Cieux », nous avons droit à une image concrète, précise et tirée du quotidien. Elle nous aide à intégrer quelques aspects de l’imaginaire de ce Royaume, une réalité lointaine et pourtant si proche.
Festin, Noces…, ce sont des images récurrentes dans la Bible. Elles font ressortir la dimension de la joie des retrouvailles entre Dieu et l’humanité. Isaïe utilise volontiers l’image d’un festin grandiose pour définir et décrire le projet éternel de Dieu. Un projet qui consiste à unir l’humanité pacifiée et renouvelée en la faisant participer au banquet, à sa table. Et ce projet, son Fils Jésus, ne vient pas seulement l’annoncer, mais le réaliser et l’accomplir.
En m’appuyant sur cette page de l’Evangile, je voudrais, avec vous, relire la carte d’invitation de Dieu :
Le Banquet est l’image de l’Eglise.
Pour les pères de l’Eglise, la parabole du père qui appelle les invités aux noces de son fils renvoie à l’Eglise dont la mission principale est de rassembler les fidèles autour du Christ, maître des noces célestes : « Heureux les invités aux festins des Noces de l’Agneau » lance le prêtre invitant à la table eucharistique. Voilà une invitation renouvelée à chaque messe qui est adressée à tous et à chacun. Mais la réponse est personnelle et libre. En lisant cette page d’évangile, on ne peut ne pas se poser cette question : Dieu aurait-il préféré lancer son invitation d’abord à un carré de personnes ? Certainement oui !!! La raison et les motifs lui appartiennent. Qui sommes-nous pour sonder les intentions de Dieu ? Seulement, sa pédagogie ne cesse de nous surprendre !
L’échec des premières invitations ne décourage pas Dieu. Il invite, dans un second temps, plus largement « méchants et bons ». L’Eglise, communauté des appelés, n’est pas d’abord constituée de « purs » ni de « parfaits » au sens moral et spirituel du terme. Elle est, selon Saint Augustin, « un corpus permixtum », un corps mélangé. Bon ou mauvais…, digne ou indigne…, pur ou impur…, toutes ces étiquettes relèvent parfois de notre catégorisation humaine. La seule chose qui compte pour être accepté à la table de Dieu, c’est répondre favorablement à son appel et revêtir le vêtement de noces, habit que les pères de l’Eglise considèrent comme le vêtement blanc du baptême.
Ainsi pour les Pères, tout le monde est appelé à faire partie de l’Eglise, bons et mauvais, et pour en faire partie, il faudrait passer par le bain baptismal où notre renouvellement intérieur est symbolisé par la vêture de l’habit blanc ! A la sortie du baptistère le fils prodigue revêt sa dignité de fils et le banquet est en son honneur !
L’Eglise, reflet du banquet éternel.
L’Eglise, Corps mystique du Christ, est considérée d’une part comme une réalité visible, sa face structurelle, et d’autre part comme une réalité invisible, son sommet vers lequel tout le corps tend et s’accomplit. C’est dire que l’enjeu majeur et déterminant ne serait pas la participation au banquet eucharistique – celle à laquelle l’Eglise visible invite tous les fidèles – mais au banquet éternel, celui-là que Dieu lui-même prépare pour nous dans son royaume. Que ce banquet éternel soit comparé aux noces, c’est déjà une révélation importante. Comparé aux noces, le royaume des Cieux prend, dans notre imaginaire, les allures de retrouvailles festives où la joie d’être accueillis en présence de Dieu, réunis autour de sa table, nous confère la plénitude de communion avec Lui. C’est notre heureuse et ultime destination ! Reste à se poser la question : comment accéder à cette joie extraordinaire qui est présence de Dieu et quelles sont les conditions pour en faire partie ?
Avoir la tenue de noce ?
C’est à dessein que je m’interroge. Car l’habit de noce exigé à ce pauvre malheureux – un SDF, un sans domicile fixe, pour emprunter une expression actuelle – pris de cours dans son sommeil est un problème difficile à comprendre et à défendre dans l’attitude du maître. Ce dernier, après avoir été déçu par ses invités du pré carré, s’insurge contre ce SDF et le renvoie manu militari parce qu’il ne porte pas l’habit de noces. Humiliation ? Injustice ? illogique ? les mots manqueraient pour qualifier ce geste indécent du maître. Si c’était pour le mettre dehors, le maître aurait mieux fait de le laisser là où il avait prévu de passer la nuit sous ses couvertures de fortune. L’objection a toute sa place et j’imagine que beaucoup d’allusions ont été avancées pour expliquer l’attitude de ce roi dont les noces risquent d’avorter faute d’invités.
Relisons le texte lui-même pour une esquisse de compréhension ! En effet, le maître voit l’hôte sans vêtement de noces, se rapprocher de lui et lui pose la question : « mon ami, pourquoi n’as-tu pas de vêtement de noces ? » Cette question est sans agressivité et sans condescendance. La tonalité douce de la phrase tient compte de la personne qui est devant lui. De plus, le roi l’appelle « mon ami », ce qui crée de la sympathie et de l’affection. Et le texte dit qu’il ne répondit rien. Le silence est sa seule réponse et elle me semble être la cause de son refoulement dehors et non pas le manque de vêtement digne. La foi se professe explicitement… le pardon se demande expressément… l’indignité n’est pas une damnation. Et nous le savons, la reconnaissance explicite de notre indignité est la condition de notre accès à la table du Seigneur. A l’invitation du prêtre pendant la messe, le fidèle, malgré sa déchéance, répond toujours fièrement : « Seigneur, je ne suis pas digne ; mais dis seulement une parole et mon âme sera guérie » ! La gravité de la faute pour notre hôte sans habit, c’est son silence culpabilisant. La culpabilité morbide nous éloigne radicalement du champ de la grâce de Dieu, nous enferme dans notre péché, nous coupe du cordon de la miséricorde de Dieu et de ses faveurs. Saint Jean ne nous rappelle-t-il pas : « même quand votre cœur vous condamne, Dieu est plus grand que votre cœur » (1 Jn 3,20)
Pourquoi ce SDF n’a-t-il pas imploré l’indulgence de ce roi, surtout qu’il est invité ? L’habit de noce qui lui fait défaut, ce n’est certainement pas une tenue vestimentaire décente, mais l’enfermement dans sa pauvreté, le défaut de reconnaissance et de confession de son indignité.
Dieu nous demande-t-il d’être digne et donc sans péché, pour nous appeler à Lui ? Ne nous appelle-t-il pas pour prendre sur Lui notre pauvreté et nous enrichir de sa dignité de Dieu ? Refuser de répondre à cette question qui nous renvoie à la profession de notre indignité nous coupe de Dieu et altère les nouvelles relations établies par son Fils Jésus. Car, avec son sang versé sur la croix, Il nous a tous revêtus du manteau de l’innocence qui nous dispose à prendre place à ce banquet éternel.
Seigneur, que ta grâce nous devance toujours, pour nous disposer à répondre à ton appel et surtout à y correspondre.
Père Dieudonné MASSOMA, Curé
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Publié le 10 octobre 2026