Homélie de la messe de Consécration de Draguignan au Cœur Immaculé de Marie

Dimanche 15 octobre 2017 – 28e dimanche du temps ordinaire

Célébration dominicale du Triduum Marial du secteur paroissial de Draguignan

Homélie prononcée par le père Ludovic Frère vicaire général du diocèse de Gap et recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus

Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 1-10)
En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

Pour marquer la messe dominicale comme sommet de notre triduum marial, un évangile sur la Vierge Marie aurait peut-être été le bienvenu : l’Annonciation ou la Visitation, la généalogie de Jésus ou les noces de Cana… toute ces grandes pages d’Évangile, où Marie est présente, discrètement, sans excès de paroles, mais vraiment là pour nous donner son Fils.

Incontestablement, de telles pages d’Évangile sont lumineuses pour accueillir la Vierge Marie comme notre Mère. Mais je remercie votre curé, les prêtres, diacres et séminaristes, ainsi que l’équipe de préparation de ce triduum d’avoir humblement choisi de conserver les lectures du dimanche, telles qu’elles sont proclamées dans toutes les Eglises catholiques du monde.

D’abord pour nous tenir en profonde communion avec tous nos frères et sœurs qui se nourrissent aujourd’hui de la même Parole ; mais aussi parce que ces lectures témoignent combien Marie est là, dans les Évangiles, même quand elle n’est pas explicitement mentionnée. Parce qu’une telle mère ne saurait abandonner ses enfants un seul instant.

* * *

Ainsi, Jésus nous offre cette parabole d’un roi qui célèbre les noces de son fils. Dieu notre Père nous appelle dans l’Esprit à venir célébrer les noces éternelles du Christ avec l’humanité sauvée ; des noces dont chaque célébration eucharistique est à la fois une annonce et un avant-goût.

Mais pour convier à ces noces, le Roi envoie « ses serviteurs », nous dit la parabole. Or, dès qu’on évoque des « serviteurs » dans l’évangile, comment ne pas penser à celle qui s’est qualifiée elle-même de « servante du Seigneur » devant l’archange Gabriel ? Marie est la première des serviteurs à répondre à la volonté du Père et à le faire entièrement.

Alors, nous pouvons voir en Marie celle qui, par excellence, appelle les invités aux noces de son Fils. Elle le fait à Cana, en disant : « tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Et c’est même sa dernière parole dans l’évangile de saint Jean, parce qu’alors tout est dit.

Cet appel à participer aux noces de l’Agneau, la Vierge Marie continue cependant à le relayer, au cours des siècles, notamment par ses nombreuses apparitions.

Ainsi, elle invite aux noces par le sourire, comme à Notre-Dame du Laus, parce que cette invitation divine est pour notre plus grande joie. Elle invite aussi aux noces par les pleurs comme à la Salette, pour implorer les invités de ne pas placer leurs coeurs dans ce qui pourraient les détourner d’un tel banquet céleste. Elle invite aux noces en appelant à venir boire à la source, comme à Lourdes. Elle convie aux noces par des paroles qui réveillent les cœurs somnolents, comme à Fatima. Parce qu’elle est vraiment mère, la Vierge Marie cherche tous les moyens pour qu’aucun de ses enfants n’aspire ultimement à autre chose dans la vie qu’à sa propre participation et à la participation de tous aux noces éternelles.

Sans doute faut-il alors laisser notre Mère du Ciel nous convaincre que toute notre vie ne doit viser qu’ à cela ; et que chacune de nos préoccupations terrestres – souvent bien légitimes - chacun de nos projets, chacun de nos sentiments soit orienté vers cette magnifique invitation du salut éternel. Oh, que nous avons besoin de nous laisser redire que l’essentiel de notre vie se trouve là, alors que nous nous laissons si facilement piéger par ce qui détourne des noces éternelles ! L’itinéraire spirituel que nous avons pu vivre au cours de ces trois jours et la consécration au coeur immaculé de Marie que nous avons pu vivre sont assurément sources de grâce pour nous faire choisir les « réalités d’En-Haut » (Col 3,1).

* * *

Ça, c’est le premier acte du drame rapporté par cette parabole : les serviteurs invitent, mais les invités rechignent à répondre. Ils préfèrent s’occuper d’un champ ou d’un commerce plutôt que tout lâcher pour venir aux noces alors même que « tout est prêt », dit le roi déçu. Tout est prêt pour accueillir aux noces, aucun effort n’est demandé aux invités. Et pourtant, ils prétextent avoir tellement mieux à faire !

Voilà alors le deuxième acte de ce drame ; deuxième acte où la Vierge Marie est assurément présente encore en filigrane. Le roi a invité largement, les bons comme les méchants. Tous ont été reçus dans la salle des noces, par pure grâce. Une seule chose leur est demandé : revêtir un vêtement de fête.

Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 11-14)
Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

Si tout est prêt pour la joie des noces, les invités doivent manifester leur désir d’y participer par le soin apporté à leur vêtement, signe de respect pour le Roi et de reconnaissance pour son Fils. Autrement dit : si tout est grâce, tout est aussi liberté à répondre. Notre réponse libre, c’est ça le vêtement des noces, notre manière de dire « oui » au Seigneur qui nous veut avec Lui pour les noces éternelles.

Ce vêtement de noces, nous l’avons reçu, gratuitement, le jour de notre baptême : nous avons « revêtu le Christ » (Gal 3,27). Mais nous nous connaissons suffisamment pour savoir que ce vêtement de noces ne reste pas intact, tant nous nous laissons piéger par les complicités avec le Mal : égoïsme et orgueil, jalousies et comparaisons, vices et aveuglements ont vite fait de salir le vêtement nuptial. De nous-mêmes, nous n’avons donc pas de vêtement suffisamment resplendissant pour pouvoir participer aux noces éternelles.

Mais c’est là que la maternité de Marie manifeste encore sa douce puissance. Si les Sacrements, l’écoute de la Parole de Dieu et la pratique de la charité lavent sans cesse nos vêtements dans le sang du Christ qui nous purifie, nous avons aussi la grâce d’être les enfants d’une Mère dont le vêtement est immaculé. Ce que nous ne pouvons pas présenter par nous-mêmes, c’est alors la Vierge Marie qui le présente pour nous. Par nos seuls mérites, nous n’avons pas de vêtement suffisamment beau pour participer au banquet éternel ; alors, c’est son manteau à elle qui devient notre vêtement de noces !

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort raconte alors cette histoire : « C’est un pauvre paysan qui, pour payer son fermage au roi, n’a en main qu’une pomme véreuse. Avec un si piètre tribut, il a toutes les chances d’être rejeté par son maître. Mais si pauvre soit-il, il a au moins une immense richesse, celle d’être ami intime de la reine. Cette dernière, toute remplie d’affection pour l’humble paysan, ne va pas manquer d’arranger les choses : Amie du pauvre paysan, et respectueuse envers le roi, n’ôterait-elle pas de cette pomme ce qu’il y a de véreux et de gâté et ne la mettrait-elle pas dans un bassin d’or entouré de fleurs ? Et le roi pourrait-il s’empêcher de la recevoir, même avec joie, des mains de la reine qui aime ce paysan ?1 »

Soyons donc des amis intimes de la Vierge Marie ! Alors, nous pourrons avancer paisiblement sur le chemin de l’éternité, car ce qui manque à notre dignité, nous le trouvons en elle. Ce qui manque à notre beauté, nous le recevons d’elle.

* * *

Ainsi, l’inquiétude que nous pouvons ressentir en entendant les mots qui ont conclu cette parabole : « beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » ; cette parole dérangeante devient pour nous comme notre « passeport ».

Car, unie à son Fils, l’unique Sauveur du monde, la toute belle Marie est la seule créature véritablement porteuse du vêtement lumineux qui permet d’accéder au Ciel. Nous nous plaçons alors sous son manteau, et nous passons paisiblement, revêtus de Marie, jusqu’à la salle des noces éternelles !

Amen.
1 Grignion de Montfort, Le secret de Marie, n°37.

No widget added yet.

Les commentaires sont fermés.