Homélie de la nuit de Noël

Les bergers l’ont bien compris. Il faut se rendre à la crèche pour découvrir l’Enfant emmailloté et couché dans une mangeoire. Si le signe céleste peut paraitre,  pour ainsi dire, banal, les bergers ne résistent pas à l’invitation angélique. Ils se laissent attirer par cet enfant emmailloté. Car en cette nuit profonde, il parait évident que le ciel est venu jusqu’à eux. N’ont-ils pas entendu les anges leur parler et chanter : « Gloire à Dieu et paix aux hommes… ». Ils ont fini par accorder leurs voix pour chanter l’amour infini du Seigneur (Luc 2,20). Aujourd’hui, la joie du ciel gagne le cœur de l’homme qui se tourne vers Dieu. Car en cette nuit de Noël, c’est bien le ciel qui est au rendez-vous. « Dieu se fait homme, pour toi, (dira Saint Iréné de Lyon au II siècle) afin que tu deviennes Dieu ».

C’est cela qu’ont retenu nos ancêtres. « Jésus est né en Provence » dit le chant populaire. La tradition bien vivante des crèches provençales développe de façon émouvante cette implantation du ciel sur la terre. Au milieu du village, des occupations humaines les plus diverses, Jésus, le fils de Dieu, prend naissance. Au chant angélique, le village se tourne vers l’enfant divin. Comme les bergers d’autrefois, chacun est saisi par le regard de l’enfant. Nos crèches sont, pour ainsi dire, la photo de l’étonnement humain et du saisissement divin. Un jour, Saint Paul dans une de ses lettres parlera de ce moment où, tout étonné, il s’est tourné vers le Christ. Avec des mots simples et émouvants, il dit : « Je cherche à saisir celui qui le premier m’a saisi : Jésus-Christ » (Philippiens 3,12).

Les hommes et les femmes du quotidien saisis par Dieu s’appellent : les santons. C’est-à-dire ceux qui sont devenus saints au contact de Jésus, grâce à  Lui. Parce que vous voyez le secret de la joie de Noël vient de cette grande révélation : Dieu a la sainteté contagieuse. Tout l’évangile traduit cette vérité. Dieu vient dans la nuit de ce monde, sa lumière enserre des bergers souvent méprisés et considérés comme des êtres impurs. La lumière divine les sort des ténèbres et les élève, les entraine jusqu’en Dieu. A Noël, nous est dévoilé le visage de Dieu et son projet pour nous. S’il s’est incarné, c’est pour nous faire sortir des ténèbres de ce monde de péché en nous partageant sa sainteté, c’est-à-dire sa vie éternelle.

Sommes-nous prêts à sortir des ténèbres ? Sommes-nous prêts à reconnaitre la part de ténèbres en nous, dans notre vie ? Voulons-nous vraiment nous tourner vers Dieu et marcher à sa lumière? La deuxième lecture, Saint Paul,  offre un moyen de répondre et de vérifier où nous en sommes. Il faut, je le cite, « renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde et vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justesse et piété attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de Jésus-Christ ».  Tout l’évangile nous met en présence de personnes qui ont fait l’expérience similaire à celle des bergers. Leurs réponses pourraient se résumer comme ceci :

Il y a ceux qui refusent d’accueillir la lumière et la vérité comme Hérode par jalousie ou Pilate par lâcheté ou bien encore Caïphe par intérêt pour ne citer que les plus connus. Eux préfèrent ce monde et les avantages qu’ils peuvent en retirer.

Il y a ceux qui obscurcissent la lumière qu’est Dieu. C’est ce que Jésus reproche aux pharisiens. Ils ont défiguré Dieu en réduisant son alliance à des préceptes. L’homme doit simplement les observer et s’y soumettre.  Dieu est le tout- puissant  et l’homme le tout-soumis.

Il y a ceux qui croient que la lumière est plus forte que les ténèbres, qu’ils sont appelés à avancer, avec la grâce, vers Dieu qui leur tend les mains. Ce sont des hommes d’Espérance. Rien ne les arrête ! Ils sont les témoins de la primauté de la grâce. Ils s’appellent Pierre, Paul, Madeleine… Hermentaire…

Si vous êtes là, ce soir, c’est parce que vous croyez que la lumière qui émane de la crèche de Bethléem est plus forte que vos ténèbres et que les ténèbres de ce monde.  Que cette lumière n’est autre que le visage de Jésus,  qui est l’Emmanuel c’est à dire « Dieu avec nous », « Dieu pour nous »  C’est cela la foi ! Elle est la gardienne de notre être, de notre vie, de notre héritage. Nous croyons et nous accueillons la lumière, qu’est Jésus, qui brille dans nos ténèbres et les ténèbres du monde.

Si les santons de nos crèches semblent figés sur ce saisissement divin, l’évangile nous pousse plus en avant. Il faut aller dans la crèche de Bethleem pour découvrir l’Enfant emmailloté et couché dans une mangeoire. Pour comprendre le mystère de Noël, il faut entrer dans la crèche.  On ne peut comprendre Dieu en restant distant de lui.

Ce n’est pas un hasard que le Christ soit né à Bethleem. L’évangéliste  Saint Luc insiste lourdement. Car, voyez-vous, Bethleem veut dire « maison du pain » et dans cette « maison du pain », Jésus est déposé dans une panière de fortune. Pourquoi Marie et Joseph ont-ils fait cela ? Parce qu’Il est la nourriture. Nous avons vu qu’Il est la lumière. Dieu manifeste une autre réalité: Jésus est aussi le pain vivant descendu du ciel. Il le dira lui-même lors d’une multiplication des pains au bord du lac de Tibériade. Je le cite : « Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mange de ce pain vivra pour l’éternité. Le pain que je donnerai, c’est mon corps donné pour que le monde ait la vie éternelle » (Jn 6,51).  Dieu s’est donc incarné pour nous éclairer et nous nourrir de lui. Il ne sait pas contenté de manifester sa bonté sous les traits d’un enfant humble et pauvre. Non, Il s’est abaissé pour nous nourrir de sa vie divine. Voyez-vous, à Noël, Dieu inverse tout : L’Enfant nourrit de lui-même l’homme/la femme que je dois devenir.

Dans quelques minutes, nous allons avancer, à la suite des bergers, vers l’autel pour recevoir le corps du Christ. Lors de notre communion se réalisera vraiment le mystère de Noël. Nous recevrons en nous celui qui était dans la crèche de Bethléem, celui qui est mort et ressuscité à Jérusalem. Nous le recevrons avec un immense respect et dans un sincère amour. Nous lui demanderons que cette divine nourriture nous transforme, nous régénère vraiment pour que nous puissions, comme les bergers, « glorifier et louer Dieu » aujourd’hui, demain et dans toute l’éternité. Que la Sainte Vierge Marie, la mère de Dieu et saint Joseph nous aident à conserver vivante la communion de cette nuit. Amen.

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